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PARTI COMMUNISTE ET LIBÉRALISATION ÉCONOMIQUE AU VIÊT-NAM

  Nguyên Thê Anh

École Pratique des Hautes Études  

 

Mots clés:

Parti communiste vietnamien (PCV) – dôi moi (rénovation) – économie socialiste de marché.  

Résumé:

Le Viêt-Nam fait partie de la catégorie des pays à gouvernement autoritaire qui ont réussi à accomplir des réformes économiques notables. Celles-ci n’ont cependant pas impliqué une reconversion idéo­logique abandonnant le marxisme-léninisme au profit du capitalisme ; elles ont été au contraire intro­duites en partie pour restaurer un contrôle étatique que les condi­tions économiques ont contribué à ébranler de plus en plus. Cependant, après la transition de l’économie planifiée à une économie de marché après 1986 surtout, la question qui se pose dans la dernière décennie du XXe siècle est de savoir quelle forme exactement cette économie de marché va prendre, et cela va dépendre fondamen­talement de l’interaction des forces politiques et socio-économiques du pays.

 

 

Le Parti communiste vietnamien (PCV) est entré en l’an 2000 dans la soixante-dixième année de son existence, et on ne peut certainement pas dire qu’il ne porte pas son âge. Il compte deux millions et demi de membres sur une population de 78 millions d’habitants, avec un chiffre considéré comme record de 114.000 nouveaux adhérents en 1999. La moitié de ces nouveaux membres a moins de 35 ans, et les dirigeants du Parti y voient la preuve de son suc­cès à attirer les jeunes, « les enfants de la révolution »[1]. L’actuel bureau politique fait valoir que sa direction est déterminante pour la mise en œuvre des mécanismes appropriés de l’économie de marché et pour la limitation des effets négatifs du processus économique. Mais derrière l’autosatisfaction de commande, pointe tout de même une certaine angoisse du retard de plus en plus grand pris par le Viêt-Nam par rapport au reste de l’Asie du Sud-Est dans le rétablissement après les ravages de la crise économique asiatique. L’économie se présente en effet plutôt mal. Un rapport de la Banque mondiale (n° 2275) fait état certes d’avancées appréciables sur la pauvreté au cours des huit dernières années, mais en ont bénéficié seule­ment les membres des classes urbaines instruites, tandis que les travail­leurs agricoles, les minorités ethniques, et les habitants des régions défavorisées ont beaucoup moins pro­gressé. Presque la moitié de la population vit en fait à la limite du dénuement, les taux de pauvreté parmi les minorités ethni­ques demeurent très élevés, et les catastrophes naturelles constituent un obstacle sérieux à la réduction de l’indigence[2]. On persiste malgré tout à clamer la volonté d’avancer dans la voie de la rénovation : « Le Viêt-Nam renforcera son amitié et sa coopéra­tion avec ses amis internationaux, prendra l’initiative de s’intégrer dans l’économie régionale et mondiale afin de tirer pleinement profit de la haute technologie mondiale pour accélérer son industrialisation et sa modernisation, et développera une culture avancée impré­gnée d’une forte identité nationale »[3].

 

L’évolution de la politique du dôi moi

 

Ayant surmonté les conditions adverses les plus formidables pour aboutir à sa victoire finale en 1975, le PCV n’a jamais douté de l’infaillibilité de la vision scientifique spécifique dont il se prévaut sur toutes les questions sociales, politiques et économiques. Mais le bilan particulièrement désastreux de la période subséquente a rapidement fait apparaître que, quel­que remarquables qu’aient été ses accomplissements, le parti au pouvoir doit répon­dre effica­cement aux défis du présent et de l’avenir pour pouvoir valider son mandat à gou­verner[4]. A la fin des années 70 en effet, la détérioration de la situation politique, économique et sociale a ouvert une crise telle que la direction du PCV a été obligée de procéder à une révision déchi­rante de ses doctrines et habitudes de gestion. En décembre 1986, le 6e congrès national du Parti reconnaît donc l’échec du modèle importé adopté depuis 1954, et jette les bases de la rénovation connue sous l’appellation de dôi moi (« changement pour le nouveau »). L’inanité de l’économie socialiste planifiée ayant affaibli les résistances au changement, a pu être pris un ensemble de décisions allant toutes dans le sens de la libéralisation et de l’ouverture éco­nomique : réhabilitation des entreprises privées dans l’agriculture comme dans l’industrie et le commerce, amoindrisse­ment du secteur public, décentralisation de l’octroi des crédits, encou­ragement des investis­sements directs étrangers.

Présentées comme une étape de la transition vers le socialisme, les réfor­mes doivent « établir les fondements nécessaires pour l’accélération de l’industrialisation socialiste au cours de l’étape suivante »[5] ; si elles visent à rénover l’économie, elles ne doi­vent pas saper les bases mêmes du socialisme. Elles ne doivent pas non plus remettre en cause le pouvoir autoritaire : la réforme politique telle qu’elle a été fixée par le 6e congrès du Parti vise seule­ment à une démocratisation dans le sens de la mobilisation des diverses forces vives de la société pour qu’elles participent à l’effort de rénovation, sans que le monopole du pou­voir du Parti soit diminué en quoi que ce soit. Le secrétaire général du PCV d’alors, Nguyên Van Linh, déclare que l’objectif de la politique du dôi moi est de renforcer le rôle dirigeant du Parti ; les commotions politiques qui vont secouer les pays socialistes d’Europe au printemps de 1989 l’inciteront à exclure catégoriquement toute idée de « libéralisation bourgeoise » ou de « démocratie pluripartite » pour le Viêt-Nam. Ecartant tout ce qui ressemble à une démo­cratisation dans le sens libéral du terme, le Parti prône la stabilité sous le régime du « centralisme démocratique », car pour ses dirigeants la stabilité politique est absolument nécessaire pour la réalisation des objectifs économiques. 

Le changement d’orientation du système économique a permis une transition réussie de l’économie socialiste planifiée vers une forme d’économie mixte caractérisée par une crois­sance relativement soutenue. Mais, après la brusque accélération qui lui a été imprimée en 1989-1991, le dôi moi progresse beaucoup plus lentement, poussé ou freiné par les balance­ments entre les positions soit favorables soit hostiles à une poursuite de la libéralisation. Cer­tes, les réformes ont produit suffisamment de nouvelles opportunités et incitations décisives pour empêcher tout retour en arrière de grande ampleur, mais les dirigeants ne leur consacrent vraiment leur intérêt que lorsqu’une crise vient compromettre sérieusement la croissance, afin de prévenir toute mise en cause de leur légitimité. Au contraire, dans les périodes moins criti­ques des divergences apparaissent au sujet des incidences à long terme des réformes, à savoir la déviation de la voie du socialisme, l’évolution dite pacifique (c’est-à-dire la subversion politi­que), ou la corruption et les maux sociaux résultant de l’incursion des influences étran­gères dans la société vietnamienne[6]. Toutefois, bien que les débats, parfois très vifs, aient été décrits comme opposant des réformistes à des conservateurs, les divergences ne sont pas tou­jours aussi tranchées qu’on le pense. Des dirigeants qui semblent être de tendance réforma­trice dans un domaine peuvent défendre des points de vue tout à fait conservateurs dans un autre. Ainsi Nguyên Van Linh, le chef de file des réformateurs en matière d’économie, a tou­jours critiqué avec virulence le pluralisme politique et les maux sociaux ; c’est, en d’autres termes, un conservateur au point de vue politique et culturel.

En tout cas, le consensus qui se fait sur trois points a contribué à soutenir l’engagement dans la politique du dôi moi. C’est d’abord la certitude selon laquelle la stabilité politique est la condition nécessaire préalable du développement économique, et seul le PCV, qui est la seule instance capable de rassembler et de fédérer, peut assurer cette stabilité. C’est ensuite la prise de conscience que dans une économie de marché, même socialiste, la porte doit être maintenue ouverte au commerce et investissements étrangers. C’est enfin la conviction que la réforme doit continuer si le pays ne veut pas prendre plus de retard encore par rapport à ses voisins, mais à un rythme pas trop rapide pour ne pas conduire à la déviation de la voie socia­liste et la destruction des fondations mêmes du régime.

La question reste donc à savoir si les responsables des institutions politi­ques du Viêt-Nam sauraient prendre les mesures politiques indispensables pour continuer à soutenir la politique de rénovation économique. Depuis que les dirigeants du Viêt-Nam se sont engagés dans le processus de réforme au début des années 80, le constat qui semble se dégager est qu’ils n’ont divergé de la voie socialiste pour se lancer dans les eaux hasardeuses de l’économie du marché que lorsqu’ils y sont poussés par des cri­ses extrêmement graves, comme on l’a dit plus haut. Toutefois, les difficultés économiques que le pays est appelé à affronter dans le court terme ne semblent menacer immédiatement les intérêts vitaux de quel­que secteur que ce soit. Aucun groupe assez puissant qui trouverait des avanta­ges dans des arrangements différents n’apparaît non plus pour exercer une pression suffisam­ment efficace pour provo­quer un changement de cap. Entre temps, les groupes d’intérêt comme les entreprises d’Etat se mon­trent encore plus déterminés à préserver leurs privilèges actuels, plutôt que de penser à la mise sur pied de structures plus fonctionnelles. 

Cependant, il est manifeste que le Viêt-Nam ne peut guère espérer maintenir la crois­sance à des taux élevés, et encore moins atteindre la cible des 9% assignée par le Parti, sans intensifier ses efforts de réforme. Le fossé entre les résultats économiques auxquels le pays a besoin d’aboutir et ce que le modèle présent permet de réaliser ne cesse de s’agrandir[7], tan­dis que se posent les questions sur la compétence de la direction et des institutions de l’Etat. De telles questions sont en effet de plus en plus agitées par les membres mêmes de l’élite politique. Jusqu’ici, la direction du Parti semble déterminée à réagir en se montrant réceptive aux doléances de la population, et en insistant sur le bon gouvernement, avec l’espoir de désamorcer les revendications pour des changements politiques plus conséquents. Par exem­ple, les autorités répondent aux agitations rurales de 1997 par le remplacement de cadres locaux accusés de corruption, la suspension des projets de développement onéreux, et le lan­cement de projets pilotes de démocratisation. Ces mesures ne suffisent néanmoins pas à enrayer l’extension des abus bureaucratiques, et c’est en partie à cause de ces carences admi­nistratives que le Viêt-Nam est de plus en plus sujet au parasitisme économique, à l’instar de ce qui se passe en Chine. Des cadres du Parti, de l’armée et des comités populaires, des diri­geants des entreprises de l’Etat, des fonctionnaires des ministères, détiennent, contrôlent ou gèrent une part considérable de l’économie, y compris la plupart des organismes qui opèrent dans les secteurs protégés[8]. Devant l’inefficacité érigée en système et l’accumulation des ten­sions, la rhétorique du bon gouvernement ne peut être rien de plus qu’un schéma de modéra­tion politique.

Les nouvelles formes décentralisées de l’économie exigent en effet l’amélioration de certains procédés de contrôle du gouvernement central, en particulier en matière d’impôts, de moyens de paiement et de revenus, ainsi que le renforcement de la transparence et des respon­sabilités. Or, ce sont là des mesures plus difficiles à prendre, politiquement, que les réformes visant à réduire le rôle du gouvernement. En 1986-1991 déjà, si les autorités locales ont sou­tenu les changements qui ont conduit à l’accroissement de leur autonomie, elles ont fait preuve d’ambivalence lorsque sont prises des dispositions qui, tendant à renforcer la fonction de gestion macroéconomique du gouvernement central, entraînent des restrictions à leur pou­voir. Elles ont aussi résisté aux pressions faites pour qu’elles conduisent leurs affaires avec plus de transparence.

La conjoncture à la fin de 1997 est pour le moins préoccupante. Par suite des déficiences fon­damentales de l’économie vietnamienne, de la faiblesse du système bancaire et financier, de l’inefficacité du secteur d’Etat, des lourdeurs bureaucratiques et du manque de transpa­rence budgétaire, la situation s’est beaucoup dégradée, le pays ayant commencé à éprouver une récession vers le milieu de l’année, bien avant que se soit déclenchée la crise économique asiatique. Presque au même moment, l’agitation rurale s’étend au 4e trimestre de 1997 dans divers points du pays, revêtant un caractère particulièrement dramatique dans la province de Thai-Binh. Puis, vers la fin de l’année, un effroyable typhon s’abat sur le pays, la plus vio­lente des tempêtes qu’on ait vue depuis un demi-siècle. Enfin, les répercussions de la crise économique asiatique se font lourdement sentir dès le début de 1998. Il en résulte une baisse considérable des investissements et du commerce étrangers, surtout de la part des économies jusque-là les plus vigoureuses d’Asie orientale. Ces événements et leurs séquelles vont mettre gravement en cause le principe même du gouvernement par un parti unique, à savoir la légitimité conférée par les réalisations positives.

Le 4e plénum du comité central du Parti communiste vietnamien se réunit en décembre 1997 dans cette situation tendue. Il règle les problèmes de direction pendants depuis 1996, mais n’apporte pas de solution véritable aux dissensions internes entre réformateurs et conservateurs. Le général Lê Kha Phiêu est désigné secrétaire général du Parti à la place de Dô Muoi, alors que celui-ci, l’ancien Président Lê Duc Anh et l’ancien Premier ministre Vo Van Kiêt démissionnent du bureau politique, pour être immédiatement nommés conseillers du comité central. Ces chan­gements ont été salués comme marquant une transition décisive vers une direction plus jeune, mais il est évident que les vieux dirigeants continuent à exercer en coulisse une influence considérable. En fait, malgré son passé militaire et la réputation qui lui est faite d’adepte de mesures disciplinaires destinées à venir à bout de l’état de corruption endémique, Lê Kha Phiêu ne va pas s’imposer comme un dirigeant prépondérant. Ayant plu­tôt à jouer un rôle de cons­tructeur de consensus parmi les différentes factions, il doit se mon­trer prudent s’il souhaite que son mandat soit reconduit lors du 9e congrès du Parti, prévu en 2001.

De la sorte, le système de direction collective par le Parti se trouve renforcé, et continue à restreindre le pro­cessus de prise de décision, ce qui empêche toute possibilité d’effectuer un ensemble de réformes efficaces. Le 4e plénum identi­fie les maux qui grèvent l’économie, à savoir la bureaucratie, la corruption, l’inefficacité et le gas­pillage. Il identifie aussi les secteurs à problème : investissements étrangers en baisse, épargne domestique fort mal rémunérée, exportations manquant de compétitivité. Le Parti réaffirme son engagement à l’accélération d’une rénovation d’ensemble et uniforme, mais selon un rythme que le Viêt-Nam déterminera lui-même, et à la condition que la stabilité politique et l’identité nationale soient préservées. Par exemple, la restruc­turation des entrepri­ses d’Etat est placée au premier rang des priorités, mais on souligne que le processus doit être graduel. Le comité central adopte une résolution qui autorise les sociétés privées à exporter directe­ment, donne plus d’importance aux industries à main-d’œuvre qualifiée et permet le transfert des droits d’utilisation des terres. Mais ces mesures sont en dessous de ce que les propres technocrates du Viêt-Nam et les investisseurs étrangers ont préconisé avant que la crise éco­nomique n’affecte l’Asie du Sud-Est ; elles reflètent en fait une certaine approche graduelle qui est la conséquence des compromis nécessités par les désaccords au sujet du rythme et de l’étendue de la libéralisation et par la puissance des intérêts investis.

Le gouvernement de Hanoi estime cependant que le Viêt-Nam est en position relative­ment bonne pour faire face aux effets de la crise asiatique, comme le bas niveau de son inté­gration dans l’économie de la région, couplé avec l’inconvertibilité du dông, suffirait à le prémunir contre ces effets. Mais il apparaît aussitôt que cet optimisme est excessif : un mémo­randum de la Banque mondiale publié à la fin de 1998 indique que le choc de la crise finan­cière asiatique équivaudrait à une perte pour le Viêt-Nam de 3 milliards de dollars américains, ou 12% du PNB, et conclut que « la situation est tout à fait critique, risquant de remettre en question les progrès remarquables accomplis au cours de la dernière décennie. Pour éviter qu’elle n’empire, il serait indispensable d’intensifier à la fois  la réforme des politiques et celle des programmes ».

Dès juillet 1998, cette détérioration de la situation économique a été abordée par le comité central du PCV, qui souligne l’importance de la mobilisation des ressources intérieures pour pallier l’insuffisance des investissements étrangers. Il faut néanmoins attendre la réunion du 6e plénum en octobre 1998 pour voir la politique économique générale vraiment prise en considération. Ce plénum attire l’attention sur le fait que le pays possède encore beaucoup de ressources domestiques inexploitées susceptibles d’être utilisées pour stimuler le développe­ment, pour lequel l’épargne domestique et les capitaux des Vietnamiens d’outre-mer pour­raient être mobilisés comme sources d’investissements. Il indique qu’un effort serait aussi fait pour revivifier les coopératives rurales, ce qui apparaît comme une volonté de réaffirmer le contrôle central après une période prolongée de décentralisation. Tout en reconnaissant que les activités de l’économie vietnamienne se sont fortement ralenties, il se félicite du maintien de la stabilité politique et d’un taux de croissance du PNB de 6%. De toute évidence, les diri­geants du Viêt-Nam sont persuadés que le pays possède une force intérieure lui permettant de résister à l’aggravation des conditions économiques en Asie.

Ce sont là toutefois des signes indiquant qu’une fois de plus ces dirigeants se sont déro­bés à l’adoption d’un train global de réformes, se préoccupant principalement de maintenir la stabilité intérieure et l’unité du Parti, tout en préservant les valeurs culturelles vietnamiennes de l’intrusion des forces de la mondialisation. Ces préoccupations sont encore avivées par une forte augmentation des plaintes portées contre la corruption et de l’agitation rurale. Au sein du PCV, les désaccords se multiplient cependant, et certains hauts cadres à la retraite n’hésitent même plus à exprimer leur dissentiment. Au tout premier rang se trouve le général Trân Dô, l’ancien chef de la Commission des Affaires idéologiques et culturelles du Parti, qui n’a pas cessé d’élever la voix depuis que l’agitation paysanne a pris une tournure violente dans sa province natale de Thai-Binh. Le Parti doit donc concentrer son attention sur les moyens pour parer à la désagrégation dans ses rangs, dont les causes sont attribuées à la corruption, aux abus bureaucratiques, à « l’individualisme » et à la désunion interne. Ainsi, les trois derniers plénums (le 10e s’est réuni du 26 juin au 4 juillet 2000) se préoccupent principalement de l’appareil du système politique et des préparations pour le 9e congrès national du Parti, qui doit se tenir à la fin de mars 2001. Dans ces conditions, ce sont les questions internes qui pri­ment, et le secré­taire géné­ral du Parti, Lê Kha Phiêu, va avoir fort à faire avec les pres­sions croissantes pour que des actions soient entreprises contre les fonctionnaires corrompus et les dissidents au sein du Parti. Une telle atmosphère n’est guère propice à des prises de décision catégoriques, et l’on ne peut s’attendre à ce que le gouvernement se risque à tenter un nou­veau processus de réno­vation, une deuxième phase de dôi moi pour ainsi dire. 

La nouvelle donne des relations avec la Chine et le traité de commerce avec les Etats-Unis

  Du 19 au 23 octobre 1998, le Premier ministre Phan Van Khai a accompli une visite en Chine pour discuter avec son homologue chinois Zhu Rongji de l’orientation des réformes économiques dans leurs pays respectifs. La conclusion de ces entretiens est que pour le Viêt-Nam comme pour la Chine, la stabilité sociale constitue le facteur clé, et qu’un changement économique trop rapide risque de conduire à l’instabilité politique. Désormais, le Viêt-Nam semble vouloir s’aligner sur le modèle de réforme de la Chine, avec laquelle il déclare parta­ger un intérêt commun pour la réussite de l’économie socialiste de marché, se comptant avec elle comme les deux seuls pays parmi les Etats socia­listes subsistants susceptibles de promou­voir le développement par une politique de rénova­tion. Ce rapprochement avec la Chine, qu’en outre des négociations pour la conclusion d’un traité sur les frontières terrestres vont concrétiser, s’expliquerait, alors que le Viêt-Nam se trouve entraîné dans les implications des disputes territoriales en particulier en Mer de Chine méridionale et de la subversion politique, par la prise de conscience de ses dirigeants de la précarité de leur politique extérieure et du risque pour le pays de rester à la traîne économi­quement dans un environnement mondial de plus en plus compétitif[9]. D’autre part, estimant que l’appartenance à l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est n’a pas amené les avan­tages escomptés lors de son adhésion à cette organisation en 1995, le Viêt-Nam décide de privilégier plutôt le développement des relations bilatérales avec des partenaires choisis.

Le Bureau politique est néanmoins parvenu à un consensus parmi ses membres pour lever toute opposition aux négociations pour la signature d’un traité de commerce avec les Etats-Unis. Il a fallu de multiples rencontres avant que les deux côtés parviennent le 25 juillet 1999 à se mettre d’accord sur le texte final du projet de traité, qui devrait ouvrir l’accès du marché américain aux marchandises vietnamiennes sur la base de relations commerciales normales, et faciliter l’entrée du Viêt-Nam dans l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ; en échange, le Viêt-Nam devrait ouvrir aux sociétés de commerce américaines les secteurs économiques jusqu’ici étroitement protégés, et accorder aux investisseurs américains le droit de propriété unique sur certaines entreprises. Un tel pacte aurait en tout cas ouvert entièrement et réciproquement le marché de l’un des pays signataires aux marchandises et services de l’autre, et aurait permis au Viêt-Nam de bénéficier du statut de la nation la plus favorisée dans ses relations commerciales avec les Etats-Unis : la Banque mondiale estimait que les exportations du Viêt-Nam aux Etats-Unis auraient doublé la première année pour atteindre une valeur de 800 millions de dollars environ. Il va sans dire, cependant, que cette convention devrait introduire au Viêt-Nam les pratiques commerciales internationales, et l’exposer dans le long terme à une rude concurrence étrangère ; il est tout à fait vraisemblable que le secteur d’Etat serait par voie de conséquence lourdement pénalisé, puisque les entrepri­ses d’Etat, où la gabegie est généralement de règle jusqu’ici, seraient inévitablement écrasées. Quoi qu’il en soit, les Américains et les Vietnamiens se sont entendus pour que la conclusion de ce traité prenne place en septembre 1999 à Aukland en Nouvelle-Zélande, lors du sommet de l’APEC (Asia Pacific Economic Cooperation), à l’occasion duquel le Président américain Clinton et le Premier ministre vietnamien Phan Van Khai se rencontreraient pour la cérémonie de signa­ture. Or, quelques jours avant le sommet, les Vietnamiens font savoir qu’ils ne sont pas prêts à signer, et la rencontre programmée est annulée.

L’ajournement de la signature du traité semble avoir été dû aux tiraillements dans la politique intérieure du Viêt-Nam. Parce qu’un tel pacte marque une déviation radicale de la politique économique en cours, il se heurte à l’incompréhension de nombreux dirigeants viet­namiens, pour la plupart septuagénaires peu au courant des questions économiques et viscé­ralement opposés aux forces indésirables du capitalisme mondial, sans compter qu’ils sont restés méfiants à l’égard de l’ancien adversaire américain. Comme explication de la remise à plus tard de la conclusion de l’accord, on déclare que des négociations supplémentaires sont néces­saires, parce que les termes qui y sont contenus sont peu équitables pour le Viêt-Nam. C’est ce que laisse entendre Lê Kha Phiêu, lorsqu’il parle au 9e plénum de « la recherche des impérialistes pour les profits absolus » aux dépens des nations en développement, et de la nécessité de rester constamment vigilant devant « les forces hostiles désireuses d’anéantir les pays socialistes subsistants ». Il se justifie encore : « Lorsque l’impérialisme accélère le com­merce, les services, la libéralisation et la mondialisation des investissements, les pays riches deviennent plus riches, et le fossé s’élargit entre les pays riches et les pays pauvres ». Il ter­mine sa déclaration par un appel à l’unité, l’unité pour le Parti, l’union parmi le people et par l’armée – surtout par l’armée.[10]

Il semblerait que l’opposition à la conclusion du traité commercial soit venue principa­lement de l’ancien secrétaire général du PCV, Dô Muoi. L’objection de cet idéologue de 82 ans, qui siège toujours au bureau politique bien qu’il soit à la retraite, a suffi à bloquer le pro­cessus, parce que le consensus doit primer avant tout, et que les partisans de l’accord n’ont pas réussi à le faire changer d’avis. Dans les années 60, Dô Muoi a été ministre de la Cons­truction, et les relations qu’il a nouées depuis cette époque sont étroitement liées avec le sec­teur le plus menacé par la suppression des barrières douanières, celui des entreprises apparte­nant à l’Etat et qui, fonctionnant à perte pour la plupart, dépendent de l’aide de l’Etat pour pouvoir demeurer opérationnelles. Naturellement, ce secteur n’a pas intérêt à ce que l’accord aboutisse, et il est à l’origine des intrigues de couloir dès que les stipulations de l’accord commencent à être dévoilées.

Les pourparlers que la Chine a entamés pour se joindre à l’OMC seraient aussi une cause indirecte de l’ajournement de la conclusion de l’accord américano-vietnamien. Celui-ci devrait en principe précipiter la propre entrée du Viêt-Nam dans l’OMC, et il semblerait que Hanoi ne souhaite pas indisposer Pékin en obtenant un pacte avec Washington avant que la Chine elle-même ne soit parvenue à une entente avec les Etats-Unis. C’est désormais chose faite : le traité de commerce que la Chine a conclu avec les Etats-Unis permet son admission à l’OMC et lui ouvre le marché américain sans conditions, et non plus seulement sur une base négociable annuellement comme auparavant.

 

Les données actuelles

 

Afin de résoudre ses problèmes économiques, le Viêt-Nam n’a jusqu’ici procédé que par à-coups, se retenant de se lancer totalement dans une nouvelle politique de rénovation. Cela transparaît clairement dans le rapport économique présenté lors de la 5e session de l’Assemblée nationale au début de mai 1999, dans lequel il est déclaré que plusieurs résultats positifs ont été atteints, avec un taux de croissance d’environ 4% et le maintien de la sécurité politique et de l’ordre social. On y voit la preuve manifeste de la justesse de la ligne politique du Parti et du gouver­nement sur le processus de rénovation, alors que sur la question cruciale de la restructuration des entreprises de l’Etat aucun plan de réforme d’ensemble n’a été pré­senté. Pourtant, l’Assemblée nationale va encore se féliciter en décembre 1999 des bons résultats économi­ques du Viêt-Nam : récolte de 34 millions de tonnes de produits alimentai­res, exportation de 4,5 millions de tonnes de riz, augmentation de l’excédent des exportations de 22% par rapport à l’année précédente, augmentation de la valeur de la production indus­trielle de 10,3%, stabi­lisation de la politique, de la sécurité, de la loi et de l’ordre, développe­ment des relations exté­rieures. L’Assemblée annonce aussi les objectifs écono­miques pour l’an 2000 : augmentation du produit national brut (PNB) de 5 à 5,6%, augmenta­tion de la pro­duction industrielle de 10,5%, augmentation de la production agricole de 4%, maintien du taux d’inflation à 6%, création de 1,2 million de nouveaux emplois[11]. Les données statistiques pour le premier trimestre de 2000 semblent confirmer ces prévisions : le PNB atteint 3,89 milliards de dollars, en augmentation de 5,6% ; la production industrielle atteint 3,54 milliards de dol­lars en valeur, en augmentation de 13,4% sur un an (la contribution du secteur non-éta­tique y entre pour 738 millions de dollars, le secteur rele­vant des sociétés étrangères pour près de 1,28 milliard de dollars, et le secteur des entreprises d’Etat pour près de 1,428 milliards)[12].

Les évaluations des investisseurs étrangers obligent pourtant à relativiser ces chiffres. Les capi­taux engagés par le Japon par exemple au Viêt-Nam au cours du 1er semestre de 1999 ont été de 67,3% moindres par rapport au 1er semestre de 1998. En général, les investisse­ments étrangers engagés ont baissé de 85%, d’un maximum de 8 milliards de dollars en 1996 à moins de 2 milliards de dollars en 1999. Le rapport annuel pour 1999 du Moody’s Investors Service de New York est plus qu’explicite : « La perspective est négative parce que le Việt-Nam n’a pas beaucoup avancé dans la promotion des réformes structurelles visant à revigorer le secteur financier, les entreprises d’Etat et le commerce extérieur. Les réformes incomplètes aggravent les risques pour l’équilibre de sa balance des paiements, pour le fonctionnement à moyen terme de son économie, et pour la durabilité des réalisations anté­rieures de réforme structurelle. Les autorités semblent être parvenues à la conclusion qu’un rythme plus rapide de libéralisation est le meilleur moyen pour aller droit à l’instabilité ; tou­tefois, choisir l’immobilisme à court terme et l’inefficacité économique ne manquera pas de produire les problèmes socioéconomiques qu’on désire éviter. Les considérations politiques peuvent faus­ser les politiques économiques. Les négociations avec les Etats-Unis sur un accord commer­cial bilatéral en sont au point mort à cause de l’absence du consensus politique à Hanoi. De telles disputes internes ralentissent l’élan de la libéralisation politique, et feront probablement obstacle à la future croissance économique. Ces deux dernières années, les exportations ont été la seule source de soutien solide pour la balance des paiements du Viêt-Nam. Sans un développement continu des exportations, les contraintes de la balance des paiements impose­ront vraisemblablement un ralentissement de la croissance économique, et cela dépendra de la politique que le gouvernement adoptera l’année prochaine »[13].

La conclusion quelque peu inattendue du traité de commerce entre les Etats-Unis et le Viêt-Nam le 13 juillet 2000 semble néanmoins annoncer un certain revirement d’attitude : après des années de temporisation qui ont imposé des frustrations croissantes aux investis­seurs étrangers, le Viêt-Nam a enfin accepté de signer un traité qui, s’il vient à être ratifié, doit ouvrir les marchés américains aux exportateurs vietnamiens et réduire les droits de douane du côté vietnamien afin de permettre aux firmes américaines d’opérer plus librement et avec des conditions plus favorables sur le marché vietnamien[14]. Apparemment, l’appréhension d’être laissé loin derrière en Asie après l’obtention par la Chine de son accord commercial avec les Etats-Unis a contribué à lever les scrupules pour amener la conclusion rapide d’un arrangement considéré sans doute comme un mal nécessaire, et pour lequel on se garde de manifester tout signe d’enthousiasme officiel : pas un dirigeant de Hanoi ne s’est en effet rendu à Washington pour la signature du traité.

Le peu d’empressement mis à accélérer le rythme des changements doit inciter à se demander pourquoi, alors qu’en 1986 il a été possible d’arriver à un consensus pour mener à bien les grands chan­gements de la politique du dôi moi, il s’avère à présent si difficile de s’entendre à l’intérieur du PCV sur un nouvel effort de réformes d’ensemble. Il est hors de doute qu’en 1986 l’impasse ab­solue dans laquelle le Viêt-Nam était acculé a forcé ses diri­geants à aborder résolument les questions structurelles fondamentales. Aujourd’hui par contre, les conserva­teurs du Parti arguent que les appels pour une nouvelle phase de dôi moi ne conduiront qu’à l’instabilité interne du pays. Ils sont en fait persuadés, surtout à la lumière de l’intervention de l’OTAN au Kosovo, que les forces impérialistes visent toujours le but de renverser les régi­mes commu­nistes pour faire reculer le socialisme. Il leur répugne extrême­ment de privatiser rapidement les entreprises dont l’Etat est propriétaire, de peur d’engendrer le chômage et le mécontente­ment à la base. Ils possèdent du reste des droits acquis considéra­bles dans ce sys­tème des entreprises d’Etat, dans lequel les membres du Parti à tous les niveaux, national, provin­cial et local, trouvent leur intérêt. Mais ce qui est encore plus signifi­catif peut-être, c’est que ces conservateurs ne tiennent pas du tout au développement d’un marché libre et au triomphe du secteur privé, car cela ébranlerait les fondations de leur pou­voir.

A leur avis, en limitant son intégration à l’économie mondiale, le Viêt-Nam a réussi à préserver sa stabilité sociopolitique et à maintenir des taux de croissance convenables. C’est grâce à un mar­ché financier peu actif, à l’absence d’un mar­ché boursier[15], et à la non-converti­bilité du dông, que le Viêt-Nam a pu s’épargner les effets les plus nocifs de la crise éco­nomique asiatique. Celle-ci a donc incité les dirigeants du PCV à restreindre le rythme et l’étendue du processus d’ouverture de l’économie vietnamienne. En même temps, ils s’imaginent que l’adoption d’une nouvelle phase de dôi moi risque de saper la domination du Parti, tandis que le maintien du statu quo offre la possibilité de prolonger cette suprématie[16]. A cet égard, le communiqué publié par le comité central à l’issue de son 10e plénum (4 juillet 2000) est tout à fait révélateur : soutenant que, parallèlement au proces­sus de rénovation, le pays doit persévérer dans l’œuvre de consolidation de l’indépendance nationale et du socialisme sur la base du marxisme-léninisme et de la pensée de Hô Chi Minh, il affirme d’une part que le développement doit surtout stimuler la grande solidarité nationale et la mise en œuvre du potentiel de tous les secteurs économiques pour édifier une nation riche et une société juste, démocratique et civilisée[17] ; il souligne d’autre part l’importance de la construction du PCV et donc la nécessité pour le 9e congrès de continuer à s’atteler à cette tâche afin de mettre en valeur la nature de la classe ouvrière et le rôle d’avant-garde du PCV, tout en poussant à relever les compétences et la conscience politique pour pouvoir renforcer le rôle dirigeant et le militantisme des organisations et des cadres du Parti.

Cependant, cet effort tendant à préserver le statu quo par la pratique de ce qu’on appelle la politique du « risque prudent » fait encourir au Viêt-Nam l’inconvénient de se retrouver davantage en retard par rapport aux autres économies de la région. Car, ce sont les contrôles imposés qui ont permis de présenter des résultats éco­nomiques encore relativement positifs, plutôt que des principes économiques appliqués judi­cieu­sement. Il est à craindre que, faute de réformes fondamenta­les, l’économie vietnamienne ne tarde à glisser dans une profonde récession, entraînant par voie de conséquence une sérieuse déstabilisation sociopolitique. Le tableau actuel du Viêt-Nam est en somme très mitigé, comme ses dirigeants sont convaincus de pouvoir le protéger des conséquences néfastes de la mondialisation et préserver son identité nationale, tout en n’abandonnant pas entièrement la volonté de l’intégrer dans une région à grande diversité politique et économi­que.   

Nguyên Thê Anh 

(Echanges, Ethiques et Marchés Europe-Asie - Colloque organisé à la Rochelle le 13 décembre 1999 et les 11-12 décembre 2000)


[1] Sur le nombre total des membres du PCV cependant, moins de 12% ont moins de 30 ans, et plus de 41% sont âgés de plus de 50 ans (cf. Margot Cohen, « Transfusion. The Communist Party seeks fresh blood as it struggles to rejuvenate itself », Far Eastern Economic Review, 24/8/2000, p. 26).

[2] Le rapport des Nations Unies du 29 juin 2000 sur le développement, qui classe les pays suivant le niveau des revenus des habitants, de la santé publique et de l’éducation, place le Viêt-Nam au 105e rang parmi les 174 pays répertoriés. Mais il se trouve parmi les pays les plus pauvres du monde, si l’on considère le revenu annuel moyen par habitant qui n’est que de 370 dollars.

[3] Nhân Dân, 4 janvier 2000.

[4] Cf. l’analyse de Philippe Papin, Viêt-Nam. Parcours d’une nation. Paris, La Documentation Française, 1999, pp. 114-170 en particulier.

[5] Cité par Vo Nhân Tri, Vietnam’s Economic Policy since 1975. Singapore, ISEAS, 1990, p. 183.

[6] Voir, entre autres, Robert Templer, Shadows and Wind. New York, Little Brown, 1998, 384 p., pour la descrip­tion des transformations pendant la période s’étendant de 1994 à 1997.

[7] Pete Peterson, l’actuel ambassadeur des Etats-Unis à Hanoi, déclare à la mi-avril 2000 au New York Times qu’il n’existe probablement pas d’autres pays en développement où l’écart entre potentiel et réalisation soit aussi grand.

[8] Six secteurs économiques sont distingués : le secteur d’Etat, le secteur des coopératives, le secteur privé, le secteur capitaliste privé, le secteur capitaliste d’Etat, et le secteur des entreprises étrangères.

[9] De son côté, tentant une régionalisation conçue comme une riposte à la mondialisation, Pékin souhaite inclure le Viêt-Nam dans sa politique de rapprochement avec la Russie et l’Inde, ce qui explique la récente visite faite à New Delhi par le chef de l’Etat vietnamien, Trân Duc Luong. Toutefois, cela n’empêche pas les Chinois d’effectuer un constant gri­gnotage territorial en Mer de Chine méridionale.

[10] Nhân Dân et Dai Doàn Kêt, 28 février 2000.

[11] Nhân Dân, 14 janvier 2000. Toutefois, les observateurs étrangers estiment que l’augmentation du PNB pour 1999 ne pourrait être que de l’ordre de 3,5%.

[12] L’Agence Xinhua rapporte le 28 juin 2000 que cette augmentation serait de 14,7% pour le premier semestre de l’an 2000.

[13] Cité par Indochina Chronology, xix, 1, janvier-mars 2000, p. 6.

[14] Ce traité comporte quatre sections principales, désignées sous le terme de « chapitres » ; ses clauses portent sur  l’ouverture des marchés aux produits agricoles et industriels, sur les droits de propriété intellectuelle, sur l’accès des individus et des firmes américains au marché vietnamien des services, sur la protection des investissements américains, et sur la transparence. Mais, jusqu’à ce que le Viêt-Nam puisse se faire admettre à l’OMC, il devra renégocier tous les ans le statut de relations commerciales normales accordé par le traité. De toute façon, du côté américain le traité ne pourra guère être soumis à la ratification du Congrès avant février 2001.

[15] La décision a été prise de créer une Bourse à Hô Chi Minh-Ville le 20 juillet 2000, mais les premiè­res transac­tions ont été bien peu actives.

[16] Par exemple, dans une interview publiée par le Saigon Giai Phong du 16 juin 2000, Lê Kha Phiêu déclare encore : « L’important est que nous persistions dans la voie socialiste que le Parti et le peuple ont choi­sie. Notre modèle économique demeure toujours l’économie du marché dirigée par l’Etat selon une orientation socialiste ».

[17] Le projet de stratégie de développement socioéconomique pour la période 2001-2010, qui devra être soumis au 9e congrès, énumère les objectifs à atteindre : accélération de l’industrialisation et de la modernisation avec concentration sur l’agriculture et les régions rurales, amélioration des moyens d’existence de la population, organisation de l’économie de marché à orientation socialiste, consolidation des ressources humaines, des com­pétences scientifiques et techniques, des infrastructures et du potentiel économiques, de la défense nationale, et relèvement du prestige nationale dans les relations internationales. Il s’agit en somme de créer les conditions  préalables pour que le Viêt-Nam devienne un pays industriel vers l’an 2020.