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Documents Le
Sangha bouddhiste et la société vietnamienne d’aujourd’hui Ecole
Pratique des Hautes Etudes
La
constitution de 1992 ne garantit pas « la liberté de religion »
dans le plein sens du terme, mais plutôt « la liberté de croire ou non
en une foi religieuse », comme le proclame son article 70. Dans le
discours officiel, on ne parle d’ailleurs pas de fidèles mais de pratiquants, la
politique religieuse du Parti se donnant pour objectif de faire vivre en ce
monde-ci, où doivent être réalisés les grands idéaux nationaux, ceux qui
croient dans le monde de l'au-delà avec ceux qui n'y croient pas. Ce même
article 70 avertit que « personne ne peut violer la liberté de croyance
ni l’exploiter de façon non conforme à la loi et la politique de l’Etat ».
D’autre part, l’article 5 du décret n° 26/1999/ND-CP du 19 avril 1999 sur
les activités religieuses[5] interdit explicitement
« tous les actes faisant un mauvais usage de la croyance et de la religion
pour s’opposer à l’Etat de la République socialiste du Vietnam, empêcher
les croyants de remplir leurs devoirs de citoyens, saboter la cause de l’unité
du peuple, et nuire à la saine culture de la nation », de même que
« toutes les pratiques superstitieuses [qui] seront punies selon la loi ».
La liberté de croyance est affirmée (art. 6), mais le gouvernement se réserve
un contrôle quasi total sur l’exercice de la religion : seulement les
activités qui sont « enregistrées chaque année et conduites à
l’intérieur des lieux de culte » ne requièrent pas la permission
gouvernementale (art. 8), qui est exigée pour pratiquement n’importe quoi
d’autre, y compris les séminaires de formation, les sessions de méditation,
les assemblées générales, les réunions, les réparations ou constructions de
lieux de culte, les œuvres de charité, le fonctionnement des écoles
religieuses et des monastères, les ordinations, les déplacements des membres
du clergé, et toute activité internationale (articles 8 à 14 et 16 à 25). Le
respect de la liberté religieuse ne s’applique donc qu’aux groupes
religieux reconnus officiellement par l’Etat et dont les activités « ne
sont pas contraires à la loi et ne comportent pas de superstitions »,
tandis que ceux qui « exploitent la religion et commettent les violations
de la loi avec une intention perverse » doivent être « sévèrement
jugés conformément à la loi »[6].
Le Parti communiste
vietnamien contrôle ainsi, par l’entremise de son Bureau des Affaires
religieuses, la direction de tous les groupes organisés et utilise ce contrôle
pour modeler leurs politiques et leurs activités. D’autre part, ces groupes
doivent opérer sous les auspices du Front de la Patrie, organe intermédiaire
entre le Parti et les divers milieux de la société civile vietnamienne pouvant
se réclamer par leur nature d’une certaine autonomie. Cette institution, qui
est en fait le bras séculier du Parti au sein de la population, désigné comme
« l’organe politique du pouvoir populaire destiné à renforcer
l’unanimité politique »[7],
est l’instrument utilisé par l’Etat pour incorporer des éléments de la
population aussi divers que les partis politiques (fictifs), les intellectuels,
les ethnies, les religions, etc. Rattachées toutes au Front de la Patrie, dont
font partie leurs comités de gestion, les religions reconnues[8]
sont pour ainsi dire embrigadées. Mais une partie des fidèles et du clergé de
ces religions rechignent à l’embrigadement requis pour obtenir la
reconnaissance de l’Etat.
La revendication d’indépendance
de la religion face aux prétentions marxistes-léninistes de l’Etat est
surtout le fait de membres de la Congrégation du bouddhisme unifié de Ấn
Quang dans l’ancien Sud Viêt-Nam, qui est une organisation religieuse mais
aussi une organisation populaire de caractère social et politique à couleur
nationale, comptant de nombreux religieux de talent. La grande influence dont
continue à jouir cette communauté ne peut se concevoir sans un rappel
historique des faits survenus depuis un demi-siècle.
Au
lendemain de la Première Guerre mondiale, un mouvement de rénovation avait
commencé à toucher le bouddhisme au Vietnam, lorsque, encouragés par le
mouvement de réforme religieuse qui avait pris naissance en Chine après la révolution
de 1911, des intellectuels vietnamiens s’étaient lancés à leur tour dans
une grande oeuvre de purification doctrinale afin d'actualiser le bouddhisme
et de l'adapter aux besoins contemporains de la société[9].
A partir des années 1920, les dirigeants du mouvement de rénovation, préoccupés
de la dégradation du niveau théorique et des mœurs dans les milieux bouddhiques
traditionnels, appelèrent à l'épuration des sphères monastiques, au rétablissement
de la discipline, et au développement d'écoles modernes pour la formation
d'une nouvelle génération de moines dévots et instruits, capables de tenir
leur rôle spirituel dans une société en pleine mutation. Ils s'assignèrent
d'autre part pour but de traduire et d'expliquer la doctrine et les écrits du
bouddhisme en quốc ngữ,
car jusque là seule une petite minorité de bonzes pouvait accéder aux textes
transcrits entièrement en idéogrammes chinois, ce qui ne permettait guère une
large vulgarisation. Ils souhaitaient enfin donner au bouddhisme une
organisation plus cohérente, le mettant à même de tenir tête à son rival,
le christianisme, considéré comme instrument du pouvoir colonial. Grâce aux
efforts déployés pour la réorganisation interne, pour la restauration des
pagodes, pour le développement des écoles de formation, pour l'édition, le
bouddhisme vietnamien se réveillait progressivement de sa léthargie, tout
en affirmant de plus en plus une attitude positive vis à vis des questions séculières.
Des débats autour de la morale, des concepts épistémologiques de la philosophie
bouddhique, du rôle de la religion dans le monde moderne, de sa capacité
transformatrice dans la lutte pour la survie individuelle et collective, mirent
en évidence une génération de théoriciens de valeur, soucieux de rigueur
et de clarté.
L'effort
de réorganisation et de regroupement aboutit, en 1951, au premier congrès
d’unification du bouddhisme à la pagode Từ Ðàm à Hué. Six
composantes bouddhistes comprenant des religieux et des fidèles du Nord, du
Centre et du Sud se rassemblèrent pour former l'Association générale du
bouddhisme vietnamien (Tông Hội Phật Giáo Việt-Nam).
Adhérant sur-le-champ à la Fédération mondiale du bouddhisme, la nouvelle
association se donna les moyens modernes pour la diffusion de la doctrine. Alors
que les communautés religieuses (sangha) se consacraient aux affaires
spirituelles et à la tâche d’interpréter et d’expliquer les sūtra,
les communautés laïques de l’association prenaient en charge les questions
d’organisation matérielle. Les bouleversements de la guerre d'Indochine
allaient achever d'amener ce bouddhisme rénové à surmonter sa propension au
non‑agir, donnée essentielle de la religion, pour s'engager davantage
dans la politique et dans le siècle. Après la partition du pays en 1954, les
bouddhistes résidant au Sud Việt‑Nam, ayant élaboré leurs propres
structures et élargi leur audience, firent montre d'un grand dynamisme sur
les plans religieux et social. De 1954 à 1962, selon des chiffres donnés
par l'Association générale du bouddhisme à l'époque, plus de 12 000 pagodes
furent construites. Les instituts d'études pour religieux se multiplièrent. Le
mouvement des Jeunesses bouddhistes (Gia Đình Phật Tử)
fut mis sur pied pour servir d’instrument à la cause bouddhiste ; il se
développa pour rassembler en 1963 quelque 50 000 jeunes militants, dont la
plupart avaient reçu leur éducation dans les écoles dirigées par
l’Association. Celle-ci s’était en effet préoccupée également des problèmes
d’enseignement et d’assistance sociale, en fondant des établissements
d’enseignement primaire et secondaire et des œuvres de charité tels que des
dispensaires et des orphelinats[10]. Le mouvement bouddhiste
élabora ainsi ses structures tout en élargissant son audience, avec des succès
inégaux toutefois selon les régions. Il s’implantait plus solidement dans
les provinces du Centre que dans le Sud, dont la population était plus disposée
à se tourner vers le syncrétisme des sectes, Cao Ðài ou Hòa Hảo.
Cependant,
tout en ayant l'intime conviction de représenter la tradition authentique de la
nation, les bouddhistes répugnaient encore à revendiquer une influence
politique afin de peser sur les événements. Mais la réaction contre le
favoritisme accordé à la minorité catholique par le régime de Ngô Ðình
Diệm, le président de la République du Việt‑Nam, et les
attitudes triomphalistes de celle-ci, allaient provoquer leur polarisation
politique. Les clivages sociaux, dans la mesure où ils existaient, furent
encore accentués par la volonté de Ngô Ðình Diệm de faire de la
communauté catholique, grossie de milliers de paysans du delta du Nord qui
avaient abandonné leurs villages pour « rejoindre le Christ » dans
le Sud, l'assise essentielle de son régime. L'idéologie officielle, le
« personnalisme » (Cần
Lao Nhân Vị), devait par la suite dériver vers un intégrisme chrétien
anti‑communiste et anti-libéral des plus réactionnaires, à mesure que
le Nord Viêt‑Nam accentuait sa pression par l'intermédiaire du Front
national de libération du Sud Việt‑Nam. Lorsque les bouddhistes élevèrent
ouvertement leurs protestations, ils purent de la sorte cristalliser tout un
courant général de mécontentement, et rassembler sous leur bannière les divers
opposants au régime, y compris ceux qui, en dehors de toute préoccupation
religieuse, étaient en quête d'une expression non communiste pour leur
hostilité contre le gouvernement. L'action politique qu'ils développèrent
en 1963 fut à l'origine de la chute du régime de Ngô Ðình Diệm, à la
suite de laquelle ils se croyaient qualifiés pour prendre position, au nom de
la population, sur les problèmes fondamentaux du pays. Le succès de cette
action marquait à la fois la capacité mobilisatrice auprès des masses du
Sangha bouddhiste, et en même temps l’ambiguïté de la position théorique
et politique de celui-ci[11],
notamment en ce qui concerne l'engagement du pays dans une guerre condamnée
parce qu'elle permettait l'irruption d'une influence étrangère en
contradiction avec les valeurs traditionnelles et les principes de justice
et de charité du bouddhisme.
Peu
de temps après le renversement de Ngô Ðình Diệm, du 21 décembre 1963
au 3 janvier 1964, se réunit le Congrès qui se proposait de rassembler en une
même association tous les courants du bouddhisme vietnamien. C'est à ce Congrès
que les bouddhistes adoptèrent le nom de Giáo Hội Phật Giáo
Thống Nhất Việt Nam (Congrégation du bouddhisme unifié
du Vietnam). Le terme unifié contenu dans cette appellation était
destiné à rappeler la vocation que s'était alors donné le bouddhisme. Pour
la première fois en effet au sein du monde bouddhiste, le Sangha vietnamien
entreprenait de réunir Petit et Grand Véhicule dans une même association.
Subsidiairement, le terme désignait aussi le rejet de toutes les
discriminations erronées, de la séparation entre religieux et laïcs, ainsi
que de l'écart existant entre le sacré et le profane. Une nouvelle
organisation, au sommet de laquelle fut placé le Patriarche suprême, le vénérable
Thích Tịnh Khiét, fut mise en place, avec une direction bicéphale
constituée par l'Institut supérieur du Sangha (Viện Tăng
Thống), composé de religieux ayant tous au moins trente ans de
vie religieuse et détenant l’autorité spirituelle, et l'Institut pour la
Propagation du Dharma (Viện Hóa Ðạo), assemblée représentative
de toutes les branches et courants du bouddhisme en même temps que leur conseil
exécutif, qui comportait un certain nombre de commissions chargées de
l'administration de divers secteurs de la vie religieuse, et dont le secrétaire
général était le vénérable Thích Quảng Ðộ[12].
Conscients
de la puissance que leur apportaient leurs millions de partisans, les dirigeants
bouddhistes allaient se poser en censeurs sévères et sourcilleux des détenteurs
du pouvoir et persister, jusqu'à la fin de la guerre du Vietnam, dans une
attitude intransigeante de refus à l'égard du pouvoir militaire de Saigon.
L’opposition politique, sociologique, morale et culturelle du bouddhisme se
cristallisait et s’articulait surtout autour de la pagode Ấn Quang située
entre Saigon et Cholon, où se logeaient les principaux dignitaires et organes
de direction et d’action. L'accent était mis sur les thèmes de la
non‑violence et du pacifisme de la doctrine bouddhiste pour faire allusion
à une recherche de la paix comme solution au conflit. Mais l’appel à
« la réconciliation et la concorde », afin de réaliser la réunification
du pays par étapes et par la négociation, participait d'une vision irréaliste,
détachée de toute contingence. Au lendemain de la prise de Saigon à la fin
d'avril 1975 par les communistes, les dignitaires bouddhistes de Ấn Quang
semblaient encore se bercer d’illusions en espérant, selon leurs propres
termes, de trouver un terrain d'entente entre les valeurs socialistes du
marxisme et la compassion universelle du bouddhisme militant. En fait, les rapports
entre le nouveau pouvoir et la Congrégation bouddhique se dégradèrent
presque instantanément. Les interdictions et restrictions imposées, les
fermetures des orphelinats et des écoles, la suppression des processions, la
dispersion et le retour forcé à la vie civile de nombreux moines, furent les
diverses mesures prises en vue de circonscrire et restreindre l'influence du
bouddhisme.
C’est
que dès mai 1975, les nouveaux dirigeants du pays étaient déterminés à
construire rapidement le socialisme sur tout le Vietnam réunifié. Ils étaient
convaincus que l'analyse marxiste-léniniste, qui avait permis de vaincre les Américains,
devait permettre de l'emporter sur les défis de l'avenir et d'effectuer trois révolutions,
la révolution des moyens et des rapports de production, la révolution
scientifique et technologique, la révolution idéologique et culturelle. De la
réalisation de ce triple objectif, devait naître l'homme nouveau socialiste.
Par conséquent, la problématique de l'homme prolétarien allait désormais
sous‑tendre les débats sur le rapport entre l'humanisme et le marxisme et
le statut de l'individu dans le processus de la transformation socialiste.
Mais, sous les fréquentes références à la morale, à la dignité, à la
concorde et au bonheur par la vertu et par la fusion des conduites et des pensées
dans une grande et générale harmonie de la société, concepts empruntés
d'ailleurs largement à la morale confucéenne, perçait l'ambition de l'Etat
de régir tous les secteurs de la société civile ainsi que le destin des
individus qui la composent. Or, dans les perspectives ouvertes par l'après-guerre
en vue de « liquider définitivement les séquelles idéologiques et
culturelles rétrogrades laissées par l'ancienne société », le phénomène
religieux apparaissait comme la négation même du projet révolutionnaire que
poursuivait l'idéologie au pouvoir : « Le but, le contenu théologique,
la conception du monde, la solution des problèmes sociaux proposés par la
religion sont entièrement opposés à la théorie scientifique révolutionnaire
du marxisme-léninisme. »[13]
Dans ces conditions, le
pouvoir entendait vider de leur substance les différentes églises qui
avaient représenté jusqu'en 1975 l'essentiel des forces socio-politiques de
l'ancienne République du Việt‑Nam. De la position centrale qu'elles
occupaient, celles-ci se trouvaient rejetées dans la subordination la plus étroite
au pouvoir politique, qui ne pouvait certainement pas se permettre de tolérer
pareilles structures, qu'il estimait urgent de restreindre, supprimer,
limiter. Les forces religieuses devinrent ainsi l'un des grands objectifs de la
rééducation, instrument de la « normalisation », de l'entrée de
force du Sud Việt‑Nam dans les normes totalitaires du Nord. Sans
suspendre expressément la liberté de culte, le régime s’employait par
diverses mesures à démanteler les différentes églises et à les soumettre à
un contrôle qui, en certains secteurs et à certaines époques, prit la forme
d’une véritable répression. Mais dès novembre 1975, cette répression
gouvernementale se heurta à la volonté d'autonomie morale et spirituelle du
bouddhisme, lorsque douze religieux et religieuses de la pagode Dược
Sư, dans la province de Cần Thơ, s'immolèrent par le feu pour
protester contre l’interdiction faite au supérieur de la pagode d'arborer le
drapeau bouddhique, d'organiser des retraites ou des sessions de méditation, et
d'accueillir de nouveaux membres dans la communauté. En 1977, aux protestations
et manifestations déclenchées par le conseil exécutif de la Congrégation du
bouddhisme unifié pour revendiquer une plus grande liberté religieuse et la
restitution des propriétés qui avaient été confisquées, le gouvernement répliqua
par l’arrestation et l’envoi en exil intérieur de six de ses membres, parmi
lesquels Thích Huyền Quang et Thích Quảng Ðộ, les deux
religieux à la tête de l’Institut pour la Propagation du Dharma, les
accusant d’avoir « utilisé abusivement la religion pour saboter
l’union nationale, troubler l’ordre et la sécurité publics »,
« fait abus de l'Institut pour la Propagation du Dharma de la secte
Ấn Quang pour inciter les bouddhistes à s’opposer à l’administration
et déformer la politique de liberté de croyance du pouvoir révolutionnaire ».
Ces mesures devaient amener la défection de religieux jusque-là favorables aux
autorités, parmi lesquels le supérieur de la pagode Thiên Mụ à Hué,
Thích Ðôn Hậu[14],
qui démissionna de ses positions officielles à l’Assemblée nationale et au
Front de la Patrie, pour entrer franchement en dissidence (il devait devenir
plus tard le patriarche de la Congrégation du bouddhisme unifié).
En
novembre 1981, 165 délégués représentant neuf organisations et branches
bouddhiques différentes se réunirent en congrès à Hanoi pour créer l’Eglise
bouddhique du Vietnam définie dans la charte fondatrice comme la seule
organisation du bouddhisme représentant tous les religieux et laïcs
bouddhistes au Vietnam. Ce congrès adopta aussi un programme d’action pour le
Sangha bouddhiste vietnamien visant à agir pour la solidarité nationale
et l’harmonie parmi les sectes et les disciples religieux et laïcs, propager
le Dharma et diffuser les caractéristiques positives du bouddhisme, établir un
système d’éducation pour les moines et moniales et une manière de vivre
convenable pour les laïcs, promouvoir la tradition patriotique du bouddhisme
vietnamien, les rapports étroits entre la religion et la population, et sa
contribution positive à la construction et la protection du pays, stabiliser
l’économie monastique afin d’améliorer les conditions de vie des moines et
moniales et contribuer à la prospérité du pays, favoriser les relations
amicales avec les bouddhistes et organisations bouddhistes dans le monde, en
contribution à la tâche d’édifier la paix et le bonheur pour l’humanité[15].
Furent aussi élus le conseil suprême du Sangha de 28 membres, dirigé par un
religieux nord-vietnamien, Thích Ðức Nhuận, et un conseil exécutif
de 50 membres, présidé par le vénérable Thích Trí Thủ.
Bien que la Congrégation
du bouddhisme unifié ne fût pas officiellement dissoute, il était clair que
ses plus hauts dirigeants ne seraient plus reconnus par le gouvernement s'ils ne
s'alignaient pas sur cette Eglise bouddhique du Vietnam patronnée par l'Etat. Dès
lors, on peut dire qu'il existe deux églises bouddhiques au Vietnam :
l'une est autorisée, parrainée et contrôlée par le gouvernement, et représente
le bouddhisme dans les assemblées officielles ; l'autre, la Congrégation
du bouddhisme unifié, est devenue plus difficile à définir depuis qu'elle n'a
plus de siège officiel et que ses dirigeants ne sont plus reconnus comme légitimes
par les autorités. En tout cas, les services de sécurité de l’Etat firent
fermer la pagode Ấn Quang en juillet 1982, et en 1984 eut lieu la campagne
de répression la plus rigoureuse de toutes, à l’issue de laquelle une
vingtaine de religieux furent condamnés à des peines les plus sévères pour
leurs « activités visant à renverser le gouvernement du peuple ».
Cependant, la Congrégation du bouddhisme unifié réussit encore à animer un
certain nombre d'activités, comme par exemple la distribution de vivres et de médicaments
aux populations de régions éloignées, ou encore la rédaction de communiqués
ou d'écrits qui ensuite sont diffusés à l'étranger, où se sont réfugiés
nombre de ses fidèles.
La libéralisation
économique, opérée sous la pression de la dégradation de la situation socioéconomique,
avec le lancement de la campagne pour la rénovation et pour l’ouverture après
décembre 1986, si elle n’apporte pas de changement radical dans l’attitude
théorique de l’Etat vis-à-vis de la question religieuse, s’est néanmoins
accompagnée d’une renaissance prudente des religions qui acceptent mieux les
règles du jeu. Mais, au contraire de la hiérarchie épiscopale de l’Eglise
catholique qui s’est adaptée à une sorte de coexistence nerveuse avec le
communisme, un mouvement de dissidence bouddhiste s’est développé à partir
d’avril 1992, après que les religieux de la Congrégation du bouddhisme unifié
eurent refusé les funérailles nationales que voulait organiser l'Etat au vénérable
Thích Ðôn Hậu, mort le 23 avril à Hué[16]. La légitimité de l'Eglise
bouddhique d’Etat fut alors mise en cause par une série d'incidents, de coups
d'éclat et de lettres ouvertes émanant principalement du vénérable Thích
Huyền Quang, en résidence surveillée à Quảng-Ngãi depuis 1982
pour avoir protesté contre l’abolition de la Congrégation du bouddhisme
unifié, et désigné par Thích Ðôn Hậu dans son testament comme son
successeur[17].
A cette
opposition, le gouvernement répliqua en mai-juillet 1993 par l’arrestation
des meneurs et leur condamnation à des peines de prison pour « atteinte
grave à l’ordre public »[18]. Des manifestations
locales s’ensuivirent, comme un timide rappel des événements des années
soixante, lorsque le bouddhisme s’est affirmé en un mouvement populaire par
la contestation du régime du catholique Ngô Dình Diệm. Thích
Huyền Quang se mit alors à dénoncer le « totalitarisme politique
du parti unique », ainsi qu’une « politique de répression ayant
pour conséquence de saper les fondements moraux, les conceptions de la vérité,
de la solidarité tels qu’ils s’expriment dans la civilisation vietnamienne ».
Il fut immédiatement accusé de « déformer la vérité sur la politique
religieuse du parti et de l’Etat »; le quotidien de l’armée, Quân
Ðội Nhân Dân, déclarait que les moines dissidents « ne sont
inspirés ni par des motifs religieux, ni par les intérêts des croyants, mais
seulement par leurs ambitions personnelles et leurs sombres desseins politiques ».
Mais à
chaque congrès annuel de l’Eglise bouddhique d’Etat, de nouvelles affaires
éclatèrent. Ainsi, deux cent dirigeants de l'Association Gia Ðình
Phật Tử (famille bouddhiste), mouvement de jeunesse
d'inspiration bouddhiste se réclamant du bouddhisme unifié menacèrent de
s'immoler par le feu si le gouvernement ne revenait pas sur la mesure prise à
l'encontre de leur association, mettant fin à ses activités et essayant de récupérer
ses membres à l'intérieur des jeunesses communistes : cette association
avait été en effet dissoute, le 13 janvier 1997, au cours du cinquième congrès
de l'Eglise bouddhique du Vietnam[19].
Cette mesure qui suscita de très violentes réactions à l'intérieur du
bouddhisme unifié était dirigée contre une association en pleine progression.
A l'heure où l'on chercha à le faire disparaître, le mouvement comptait dans
ses rangs environ 300 000 membres de 6 à 18 ans. Les statistiques du
gouvernement précisaient même que 60 % d'entre eux avaient de 15 à 16 ans. Le
mouvement avait été en butte à l'ostracisme des autorités gouvernementales dès
le changement de régime au Sud Vietnam. Il avait été mis à l'écart par l'Eglise
officielle, dès la création de celle-ci en 1981, mais avait quand même réussi
à reprendre une nouvelle vigueur ; ce renouveau était loin d'être ignoré
des autorités qui l'avaient observé avec beaucoup d’attention. Depuis sa
fondation, le mouvement obéissait à des objectifs purement religieux et se
rattachait à la Commission de la jeunesse dans l'organigramme de la Congrégation
du bouddhisme unifié du Vietnam. Cependant, les membres du mouvement menaient
leurs activités dans une autonomie totale. La renaissance du mouvement
apparaissait à beaucoup comme un remède à la dégradation croissante du système
éducatif public dans le pays. Il illustrait aussi les nouveaux intérêts d'une
jeunesse de plus en plus détachée des idéaux officiels. C’est pourquoi dès
1995 un projet d'élimination du mouvement s’était mis en place : le 3
mars de cette année là, un décret du Bureau des Affaires religieuses (N°
1-TT-TGCP) confiait à l'Eglise d'Etat la responsabilité du mouvement qui
devait changer de nom pour s'appeler « Jeunes hommes et femmes bouddhistes »
(Nam Nữ Phật Tử). L'année suivante, un document émanant
du comité central des Jeunesses communistes demandait à leurs
dirigeants d'entamer une campagne de propagande à tous les niveaux du mouvement
bouddhiste pour amener ses membres aux idéaux du Parti et faire de
l'Association des jeunes bouddhistes un mouvement satellite des Jeunesses
communistes.
A l'occasion du congrès
de l'Eglise bouddhique d'Etat de novembre 1997, les autorités renforcèrent
leur pression sur le bouddhisme unifié. De fait, lors de ce congrès, le
directeur du Bureau des Affaires religieuses, Lê Quang Vinh, déclarait :
« Il n'y a qu'une organisation légale reconnue par l'Etat, l'Eglise
bouddhique vietnamienne. Tous les individus, les organisations de nom bouddhiste
menant leurs activités en dehors de l'Eglise bouddhique du Vietnam ou
contrairement à la constitution et au règlement de cette Eglise sont dans
l'illégalité et doivent être résolument éliminés »[20]. Un rapport envoyé en
France par l'Association monastique pour la protection du Dharma[21]
à l'occasion de cette réunion procédait alors à une critique en profondeur
du fonctionnement de l'Eglise d'Etat. Il rendait aussi compte d'une campagne
d'intimidation menée par la police vietnamienne pendant les quelques mois qui
avaient précédé le congrès auprès des pagodes, des religieux et des membres
des « Gia Ðình Phật Tử »[22]
refusant de se soumettre au Bureau des Affaires religieuses et d'adhérer à l'Eglise
officielle. Le rapport des dissidents bouddhistes reprochait au bouddhisme d'Etat
d'avoir gravement et intentionnellement déséquilibré la structure
traditionnelle de la communauté bouddhique[23].
Il soulignait que, selon une tradition ancienne, l'ensemble de la communauté
bouddhique était composé des diverses sectes bouddhiques du Vietnam ainsi que
de quatre ordres ou communautés, qui étaient les religieux, les religieuses et
les cư sĩ (personnes menant une vie religieuse chez eux),
hommes et femmes. Or, depuis 16 ans, la nouvelle Eglise fonctionnait comme si
n'existaient que les deux premiers ordres, les religieux et religieuses. Les cư
sĩ , hommes et femmes, ne se voyaient confier aucune des responsabilités
prévues pour eux par la constitution et n'avaient aucune part dans les activités
de l'Eglise. Cet abandon des deux ordres masculin et féminin des cư
sĩ équivaudrait en fait à transformer le bouddhisme en une
organisation vide, ne comportant que des religieux et des religieuses, mais sans
laïcs. Le rapport mentionnait aussi des centaines d'affaires concernant surtout
des pagodes de la Congrégation du bouddhisme unifié situées sur tout le
territoire, mais surtout dans les provinces du Centre Vietnam et des Hauts
Plateaux.
Ces
dernières années, il y a eu toutefois une renaissance sensible de l’esprit
religieux au Vietnam et les autorités de l’Etat ont dû montrer plus de
circonspection dans leurs actions de répression. Le gouvernement donne des
signes de vouloir faire baisser la tension existant entre les milieux du
bouddhisme unifié et les autorités civiles qui patronnent officiellement l’Eglise
bouddhique du Vietnam, un patronage mis en cause et refusé par les responsables
du bouddhisme unifié. Un certain nombre d'événements est quand même venu
renforcer l’irritation des autorités à l'égard des milieux de la Congrégation
du bouddhisme unifié, qui refusent obstinément de se rallier à l'Eglise
bouddhique vietnamienne, membre du Front de la Patrie et patronnée par l'Etat.
Parmi ces événements, il faut citer l'organisation du huitième congrès de la
Congrégation du bouddhisme unifié en Californie au mois de mai 1999 qui a procédé
à un certain nombre de nominations et d'ajustements dans l'administration de la
Congrégation, l'envoi par celle-ci de délégations porteuses d'aides dans les
régions sinistrées lors des dernières inondations et certaines interventions
publiques de religieux comme, par exemple, la lettre envoyée au gouvernement à
l'occasion du 30 avril 2000 par le patriarche Thích Huyền Quang, toujours
en résidence surveillée à Quang Ngai, proposant – entre autres choses –
de faire du jour anniversaire de la libération de Saigon une journée de pénitence
et de deuil. Par conséquent, la pression exercée par le Bureau des Affaires
religieuses pour entraîner religieux et fidèles à rejoindre les rangs de l'Eglise
officielle s'intensifie. C'est ainsi que plusieurs personnalités religieuses de
la Congrégation du bouddhisme unifié ont reçu des visites de la police qui
les ont interrogées sur divers sujets brûlants. Le 1er juin 2001, une décision
plaça le vénérable Thich Quang Ðô, le supérieur de l’Institut pour la
Propagation du Dharma et deuxième dirigeant du bouddhisme unifié, en résidence
surveillée pour une période de deux ans, une peine qui venait s’ajouter aux
18 années déjà passées en prison par le religieux âgé aujourd’hui de 73
ans. Cela, parce que Quang Ðô a lancé le 21 février un large appel pour la démocratie
au Vietnam.
Mais à la vérité, le régime
contrôle trop bien la société pour redouter sérieusement toute cette
agitation. Déterminé à ne permettre aucune brèche dans son monopole du
pouvoir, le Parti communiste vietnamien ne cesse du reste de réaffirmer sa
volonté de prendre entièrement en charge les destinées de la nation et de maîtriser
cette partie si importante de la société civile que sont les communautés
religieuses. Cependant, l’économie de marché dans la voie de laquelle le
Parti s’est engagé rend l’idéologie communiste sinon vide de sens, du
moins inopérante. La dilution de l’idéologie communiste entraîne en tout
cas une crise de légitimité, qui oblige l’Etat et le Parti à dépendre de
plus en plus des formes de légitimation religieuse pour le régime politique,
alors que la population, y compris les jeunes générations, se tourne de plus
en plus vers la religion pour redécouvrir les racines spirituelles et remplir
le vide moral et intellectuel. Le contrôle de l’Etat sur les ordres religieux
devient donc plus impératif qu’auparavant, car l’Etat souhaite légitimer
son autorité avec les organisations religieuses qui sont politiquement loyales,
plutôt que de prendre le risque d’affronter la dissidence politique de
communautés religieuses indépendantes. L’organisation bouddhiste dispose
toutefois d’une marge de manœuvre plus grande, tandis que sa base populaire
et son aptitude à manier la religion comme un moyen de contestation donnent au
Sangha une puissance potentielle. Le mouvement de protestation bouddhiste de la
dernière décennie n’a pas été une affaire purement religieuse ; il a
aussi constitué un point de ralliement pour les revendications politiques et
sociales. Qu’un sentiment de désenchantement et de mécontentement plus généralisé
se traduise en un soutien croissant pour la dissidente Congrégation du
bouddhisme unifié, cela n’irait pas sans ébranler sérieusement la solidité
du régime. Car, si les laissés pour compte de la politique du đôi moi,
les habitants des villes sans emplois et sans domiciles, les paysans dépossédés,
les minorités ethniques lésées se mettaient à se placer temporairement avec
les intellectuels dissidents sous la direction du Sangha de cette congrégation,
le régime communiste aurait à faire face à une contestation autrement plus
grave. Etant donné la tendance des moines insoumis à se faire de plus en plus
les porte-parole des récriminations de ces groupes sociaux, il est tout à fait
vraisemblable qu’un tel scénario puisse se produire.
[1] Hanoi, Maison des Editions religieuses, 2001, 673 p. L’ouvrage décrit l’organigramme de la hiérarchie bouddhique avec le Sangha central et son conseil exécutif composé de neuf bureaux (Propagation du Dharma, Education, Culture, Activités sociales, Affaires monastiques, Economie monastique, Direction des laïcs, Affaires bouddhistes internationales, et Etudes bouddhiques) ; les chapitres provinciaux (14 Sanghas provinciaux et municipaux) ; les associations et leurs activités ; les divers services de l’Eglise bouddhique : écoles (trois instituts bouddhiques et 25 écoles de base qui dispensent leur enseignement à près de 3 000 candidats à l'engagement religieux dans les pagodes), établissements caritatifs, etc. ; les pagodes et les temples avec leur adresse et téléphone. [2] La Congrégation du Sangha du Bouddhisme theravāda du Vietnam (Giáo Hội Tăng Già Nguyên Thủy Việt Nam) fut formellement établie en 1957, avec pour supérieur (Sangharaja) le Vénérable Hộ Tông (voir Thích Ðồng Bổn, Tiểu sử danh tăng Việt Nam thế kỷ XX. Thành Hội Phật Giáo TP Hồ Chí Minh, 1996, pp. 629-634). En 1997, on compte au Vietnam 64 temples theravādin, dont 19 dans les environs de Saigon. [3] Il s’agit de l’ordre Tăng Già Khất Sĩ fondé en 1944 par le Maître Minh Ðăng Quang au Sud Vietnam, et qui représente un amalgame unique de bouddhisme mahāyāna et de bouddhisme theravāda (cf. Thích Ðồng Bổn, op. cit., pp. 263-269). [4] Tạp Chí Cộng Sản, n° 6, 2000, pp. 11-13. Sont considérés comme bouddhistes aussi tous ceux qui vont occasionnellement à la pagode et les fidèles du bouddhisme Hòa Hảo, qui selon le propre comptage de la secte seraient au nombre de 2 millions. [5] Ce décret réaffirme en fait les dispositions du décret n° 69/HÐBT du 21 mars 1991 du Conseil des Ministres. [6] Comme le précisent les directives N° 379/TTg du chef du gouvernement, publiées le 23 juillet 1993 et destinées à remédier à un certain nombre d'insuffisances constatées dans l'application du précédent décret en matière religieuse, le décret n° 69/HDBT du 21mars 1991. [7] L’article 9 réservé au Front de la Patrie dans la Constitution de 1992 vient d’être amendé (résolution adoptée par l’Assemblée nationale le 13 décembre 2001) pour le présenter sous un jour plus démocratique, comme une organisation d’alliance politique, une union volontaire « des organisations sociopolitiques, des diverses couches sociales, des ethnies, des religions et des Vietnamiens à l’étranger ». [8] Les autorités civiles ne se sont préoccupées de donner un statut légal au caodaïsme qu’en 1995 et de reconnaître légalement la communauté Hoà Hảo qu’en 1999. Pourtant, le caodaïsme et le bouddhisme Hòa Hảo sont comptés avec le bouddhisme et le catholicisme parmi les quatre principales religions du Vietnam. [9] Voir, entre autres, Nguyễn Thế Anh, « L’engagement politique du bouddhisme au Sud-Vietnam dans les années 1960 » in: Alain Forest, Eiichi Kato, Léon Vandermeersch, Bouddhismes et sociétés asiatiques. Clergés, sociétés et pouvoirs. Paris, L’Harmattan, 1990, pp.111-124. [10]
Avant 1975 au Sud-Vietnam, le bouddhisme gérait l'université Vạn
Hạnh de Saïgon, fréquentée par 5 000 étudiants y poursuivant des
études religieuses et profanes, 25 instituts d'études bouddhiques, 200 écoles
secondaires et primaires (Bồ Ðề), avec 100 000 élèves
et 2 000 enseignants. [11] Ambiguïté personnifiée en particulier par l’une des figures de proue de ce bouddhisme, Thích Trí Quang, qui prétendait agir au nom de la non-violence, mais dont le pouvoir reposait sur la menace implicite de la violence. [12] Né Ðặng Phúc Tuệ le 27 novembre 1928 dans la province de Thái Bình, ce religieux était venu dans le Sud lors de la vague des départs de 1954. [13] Jean Maïs, « 1975‑1985: Dix ans de relation entre l'Eglise et l'Etat au Vietnam », Ðường Mới La voie nouvelle, (Paris), n° 6, 1987, pp. 191‑243. [14] Il rejoignit le Front de libération lors de l’offensive des troupes du Nord Viêt-Nam au nouvel an de 1968 et participa à l'Alliance des forces nationales pour la démocratie et la paix en qualité de vice-président, le président étant l'avocat Trịnh Ðình Thảo. [15] La nouvelle Eglise se donna un organe de presse officiel avec la revue Giác Ngộ (l’Eveil). [16] Avant sa mort, Thích Ðôn Hậu avait, en sa qualité de patriarche de la Congrégation du bouddhisme unifié, lancé en octobre 1991 un appel aux bouddhistes d’outre-mer de se réunifier sous la bannière de la Congrégation. [17] Pour leur part, les dirigeants de l'Eglise d'Etat réunis en congrès à Hanoi les 3, 4 et 5 novembre 1992 ont multiplié les signes d'allégeance et ont souligné l'harmonie existant entre les idéaux du bouddhisme et ceux du socialisme. A l'issue du congrès, le vénérable Kim Cương Tự, vice-président de l'Eglise bouddhique, a insisté sur la légitimité de son Eglise fondée en 1981, déclarant que cette dernière était résolue à concentrer sous son autorité centrale la totalité du réseau des établissements d'éducation bouddhique de niveau secondaire ou supérieur. Selon lui, au cours de ce troisième congrès placé sous le signe du Dharma, de la nation et du socialisme, les délégués ont appelé les croyants « à consolider et à renforcer leur confiance dans le Parti et l'Etat socialiste qui poursuivent une politique correcte à l'égard de toutes les religions ».. [18] L’organe de l’Eglise officielle, Giác Ngộ, a même intitulé le compte rendu de ce procès « le procès des saboteurs de la politique d'union » et a repris sans commentaire la liste des crimes soi-disant perpétrés telle qu'elle avait été exposée par l'accusation. [19] Eglises d’Asie,
n° 240, 01/04/1997. [20] Eglises d’Asie, n° 260, 01/03/1998. [21] Organisation qui s'est donné pour objectif la défense de la Congrégation du bouddhisme unifié. [22] En septembre 2001encore, Hồ Tấn Anh, dirigeant du Mouvement de la Jeunesse bouddhiste du Vietnam du Centre, devait s’immoler par le feu pour protester contre les restrictions imposées sur son groupe. [23] Eglises d’Asie, n° 254, 1/12/1997.
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