VIET NAM infos
 
         
     
 
 
 

 

 

 

SOMMAIRE

 

Édito

 

Archives

 

Documentation

 

Histoire

Idées

Documents

Articles

Livres

Contacts

 

Liens

 

 

 

 
 
 

 

 

 

Documents

 

L'impact des évènements de 1930-31 sur l'attitude de l'administration française à l'égard de la monarchie vietnamienne

 

Nguyên Thê Anh
École Pratique des Hautes Études, The Sorbonne, Paris

 

La crise révolutionnaire de 1930-31, ponctuée par la mutinerie, à l’instigation du parti Việt Nam Quốc Dân Ðảng, de la garnison de Yên Báy, qui devait donner le signal d’un soulèvement général du Tonkin, et l’impulsion imprimée par le nouveau Parti communiste indochinois (P.C.I.) à des grèves ouvrières et des manifestations paysannes en Cochinchine ainsi qu’à la constitution de soviets ruraux dans le Nord-Annam, était apparue comme une véritable mise en question de l’ordre colonial. Seule une très dure répression avait permis aux autorités de venir à bout de cette flambée de violences qui révéla de la façon la plus frappante le rejet général de la domination française.

L’alerte passée, on prit la mesure des événements. Trois facteurs étaient relevés par le gou­vernement général de l’Indochine dans son analyse du tout nouveau phénomène révolutionnaire :

 1. l’existence dans le Nord-Annam d’un courant nationaliste difficile à contenir, que les commu­nistes avaient activé,

2.  le déséquilibre des conditions sociales indigènes, dont la cause réelle était la pauvreté rurale propre aux collectivités asiatiques,

3.  la grande facilité avec laquelle la bolchevisation de la paysannerie crédule et matérialiste avait pu s’effectuer, pour se demander si l’intervention conjointe de la puissance coloniale française et du gouverne­ment royal vietnamien ne pourrait pas, par une série de réformes bien conduites, éteindre la virulence du nationalisme, équilibrer la situation sociale en éradiquant la pauvreté, et ramener la confiance de la population dans l’autorité légale.[1] Cette œuvre de reconstruction semblait devoir passer d’abord par une restructuration de l’armature mandarinale traditionnelle, dont les chefs de l’administration colo­niale s’étaient accordés à souligner les carences. En effet, dans toutes les zones où le P.C.I. s’était implanté, les infrastructures mandarinales s’étaient écroulées ou étaient tombées dans l’inertie, alors que les militants communistes concentraient leur offensive contre les riches, les notables, le gouvernement royal et les Français : cela leur permettait de mener à la fois une lutte nationale et sociale, en englobant dans un même cible tous les tenants du système colonial. Devant l’extension inquiétante des troubles au Nghệ Tĩnh, il était apparu nécessaire au résident supérieur Le Fol que le Cơ Mật (le conseil des ministres du gouvernement royal) dési­gnât un délégué chargé de le représenter à Vinh, tandis que lui-même envoyait un Inspecteur des Affaires politiques pour prendre en son nom les décisions indispensables.[2] En différentes occa­sions, le résident supérieur et le ministre de la Justice, Tôn-thất Đản, s’étaient rendus sur place pour tenter de ramener le calme, tout en convoquant les mandarins locaux pour leur tenir un lan­gage de fer­meté.[3] Sur la demande du résident supérieur, le Cơ Mật fit placarder édits royaux et circulaires dans les villages, précisant que les notables, déclarés responsables des déprédations commises dans leur ressort, se verraient désormais tenus d’en répondre sur leurs biens et leurs personnes. La collectivité villageoise elle-même était considérée comme garante de l’ordre dans la com­mune, et sommée de ne plus suivre les meneurs communistes, sous peine de sanctions allant de l’imposition collective à la destruction du village.[4] Les propriétaires terriens et les let­trés furent aussi invités à rejouer leur rôle traditionnel auprès des masses, car ils constituaient l’armature de la société, armature jusqu’à ce jour bien désarmée et passive face aux communis­tes. Des manda­rins en retraite de Hà Tĩnh furent envoyés dans les villages où vivaient leurs familles pour y mener la contre-propagande. Enfin, une commission administrative dirigée par le président Morché de la Cour d’appel de Hanoi fut désignée pour mener une enquête sur l’action des tổng đốc (gouverneurs de province) durant les troubles et le dynamisme qu’ils avaient déployé dans la répression ; on demanda parallèlement au Cơ Mật d’examiner de son côté les plaintes et les péti­tions pour connaître le nom des mandarins particulièrement visés par la vin­dicte populaire.[5].

Cependant, les événements avaient fait la démonstration des déficiences des structures politi­ques et sociales indigènes auxiliaires de la machine administrative française et du vide dangereux qui existait au sommet de la “cité indigène”, ce qui fit remettre en cause la gestion assimilatrice de certains gouverneurs généraux précédents. Les autorités du Protectorat se rendaient en parti­culier compte que la convention du 6 novembre 1925, établie pour la période de la minorité de l’empereur Bảo Ðại et constituant un acte de première importance dans le processus d’assimilation de l’Annam dont le statut politique se rapprochait de ce fait de celui du Tonkin,[6] les avait acculées dans une impasse politique : en privant le souverain vietnamien de tout pouvoir sauf de ses fonctions religieuses, elles avaient été par voie de conséquence obligées d’assumer elles-mêmes la responsabilité de réprimer toutes les manifestations du mécontentement popu­laire, y compris celles découlant de causes économiques, comme cela avait été le cas dans le Nghệ Tĩnh. En tout cas, elles étaient désormais convaincues que le communisme, perçu par elles comme une nouvelle expression du nationalisme radical, devait être combattu non seulement par une répression implacable, mais aussi par des moyens politiques, en s’efforçant de le priver d’alliés potentiels parmi les classes supérieures de la société vietnamienne et de renforcer l’alliance entre ces classes et l’administration coloniale au moyen de concessions limitées. D’où la nécessité de réactiver le protectorat au Vietnam et de consolider le régime monarchique par des transformations qui régénéreraient l’armature administrative, comme le formula le chœur de réclamations pour les réformes assaillant le ministre des Colonies Paul Reynaud lors de sa tour­née d’inspection en Indochine en automne 1931, réclamations dont les plus éloquentes étaient exprimées par Phạm Quỳnh qui insistait, dans une série d’articles dont le premier s’intitulait “Vers une Constitution”[7], sur la restauration des pouvoirs de l’empereur d’Annam et la nécessité de donner aux Vietnamiens une identité nationale plus forte sous le protectorat français, tandis que de leur côté les représentants de la Chambre des Représentants du Peuple du Tonkin récla­maient dans leur cahier des vœux élaboré de concert avec les élus de la Cochinchine un élargis­sement de leurs compétences.[8] 

L’administration du Protectorat se préoccupa par suite de revitaliser les composantes conser­vatrices de la tradition, afin de détourner l’opinion de la propagande révolutionnaire. “Conserver le jardin intact comme nous l’avons trouvé” et “sauvegarder le passé au bénéfice de l’avenir”, tels étaient les maîtres mots de Pierre Pasquier, le gouverneur général de l’Indochine.[9] Faire du gouvernement royal, avec le retour en Annam du jeune empereur Bảo Đại envoyé depuis 1922 faire ses études en France,[10] une institution vivante dont l’initiative des décisions et des réformes donnerait satisfaction aux aspirations de la nation vietnamienne, c’était là la pierre angulaire du programme politique que Pasquier exposa dans son rapport du 14 avril 1931 au ministre des Colonies :

 

“L’adaptation moderne de la souveraineté intérieure de l’Annam au traité de 1884, tel doit être le but de la réorganisation politique des deux pays. Sa poursuite implique une rénovation du système administratif indigène : une reviviscence du pouvoir mandarinal dans certains domaines où il nous avait fallu nous substituer à lui. C’est dire que la France, une fois de plus, réalisera la noblesse de ses intentions et la largeur de ses idées. Elle restaurera au lieu d’amoindrir, et elle restaurera dans le sens de la tradition nationale annamite. Après un si long passé dynastique, le pays d’Annam ne peut cesser d’être un royaume. Le chef de l’Etat, même aux yeux des Annamites modernisés, doit demeurer l’être privilégié qui perpétue le culte ancestral, personnifie l’âme collective et agit comme le Père et la Mère de ses sujets. Dignité et prestige sont ses attributs indéfectibles. L’instinct populaire refuse d’admettre toute autre forme constitutionnelle permettant l’accession au rang de chef de l’Etat par une élection faite au milieu de la dispute des partis et des clans. La dévolution de la charge royale doit échapper à la politique et n’être réglée que par un statut monarchique. Le jeune souve­rain qui poursuit en France de brillantes études sera le premier monarque moderne de l’Annam. Il reviendra avec une suffisante maturité d’esprit pour comprendre la noblesse et les périls de sa tâche. Il trouvera son conseiller dans le représentant de la France. Choisissant lui-même ses ministres, organisant une administration rénovée, il nous aidera à appliquer intégralement le régime du Protectorat. Un nouvel Annam s’esquissera dont le visage brillera au milieu du groupe indochinois, groupe dont la constitution finale sera celle d’une association d’Etats sous la suzeraineté française.

       Il est bien évident que toute autre politique aboutirait à une autonomie dangereuse, en plaçant un souverain formé par nous dans un milieu archaïque et désuet. Nous placerons son esprit en face d’un terrible dilemme : ou la révolte, ou l’abdication. Le côté délicat réside donc dans la nécessité de moderniser sans détruire les forces du passé, dans la substitution d’un Etat adapté aux volontés de rénovation qui se manifestent dans la majorité des esprits, sans toutefois pour atteindre ce but substituer à l’Etat ancien des innovations en désaccord avec l’esprit même de la race.”[11]

 

Pasquier devait encore préciser sa pensée dans l’exposé qu’il présenta devant le Haut Conseil Colonial dans sa séance du 30 avril 1931 : “La France a le respect des traités qu’elle a signés. Elle se doit de respecter la forme établie de ces royaumes et le mode d’exercice de l’autorité que consacre la tradition. Notre action doit être limitée à un contrôle, les souverains protégés ayant le soin de régler l’administration intérieure de leur pays. Mais dans le cadre ainsi maintenu et sous le contrôle de fonctionnaires français, il importe de définir des règles proprement modernes de gestion qui satisfassent à la fois aux nécessités d’un Etat contemporain et aux besoins d’un pays en pleine évolution. La mise au point de ce programme commencera dès le retour du Gouverneur général en Indochine et son application coïncidera avec l’instauration définitive du jeune Empe­reur d’Annam.”[12]

 

Le gouverneur général de l’Indochine, en fait, fit savoir que la question du retour de Bảo Ðại, qui était liée à celle de l’évolution de la politique française, avait été depuis sa nomination l’objet de ses préoccupations. Le rôle qu’il voulait assigner au souverain vietnamien était tracé dans son rapport du 14 avril 1931 au ministre des Colonies : “Il est certain […] que l’action de S.M. Bảo Ðại doit être extrêmement importante et j’ose le dire même décisive de l’histoire du pays d’Annam. Le jeune monarque aura la lourde tâche d’assumer la transition entre le passé et l’avenir, de concilier les traditions et les disciplines millénaires du passé, indispensables à la paix publique, avec les exigences, les progrès, les libertés inséparables de l’activité moderne. L’élite de la population qui commence à percevoir les archaïsmes, les insuffisances du vieux mandari­nat, et qui est avide d’évolution et de progrès désire vivement être gouvernée par un souverain moderne qui, suprême incarnation de sa race, de sa nationalité et de sa tradition, sans rompre avec un passé glorieux et respectable, soit cependant instruit des sciences occidentales, animé par la pensée ardente qui rayonne dans les grandes capitales de l’Europe. Et ce souverain, pour ne pas décevoir son peuple, devra être en mesure, non point de négliger les avis de sages conseil­lers, mais de s’affranchir de tutelles  trop étroites, d’exigences trop intéressées.”[13] Il y revint encore deux ans plus tard dans sa lettre du 10 mars 1933 au ministre des Colonies : “La politique du protectorat […] nous donne pour premier objectif de favoriser et de consolider méthodique­ment l’autorité morale et le prestige personnel du monarque chef de l’Etat protégé, et par conséquent de le mettre en garde contre des initiatives aventureuses. Que cette autorité s’affaiblisse, que ce prestige s’émousse, tout l’effort patiemment soutenu depuis dix ans par le Gouvernement colonial pour faire évoluer l’Etat annamite devrait être remises en question.”[14]

Diverses considérations d’opportunité retardèrent néanmoins le retour de Bảo Ðại.[15] Mais dès après sa rentrée au pays le 6 septembre 1932, la convention du 6 novembre 1925, qui avait enlevé au souverain vietnamien ses dernières prérogatives, fut abrogée le 10 septembre, et une ordonnance dite de règne fut publiée le jour de la prise effective de pouvoir par Bảo Ðại, le 14 septembre 1932, annonçant les changements que le nouvel empereur d’Annam entendait accom­plir. L’arrivée de Bảo Ðại permit donc aux autorités du Protectorat de définir leur politique de retour à un “strict régime de protectorat” en Annam, par la mise en place de toute une série de réformes du gouvernement et de l’administration. Une tournée fut organisée pour Bảo Ðại au Tonkin dans le but d’effacer les mauvais souvenirs de Yên Bái[16], tandis qu’on réfléchissait à un projet de nouveau gouvernement et aux différentes mesures à envisager.  L’intention était de régénérer le gouvernement royal, car, comme l’indiquait une note confidentielle du gouverneur général datée du 1er avril 1933, “les ministres actuels, quel que soit leur âge, formés dans ce milieu mandarinal de Huê fermé à toutes influences extérieures, représentent un état d’esprit périmé qui ne s’accorde plus avec l’évolution actuelle”[17] ; il s’agissait surtout d’écarter Nguyễn Hữu Bài, ministre de l’Intérieur (Bộ Lại) et président du Cơ Mật depuis 1922, qui personnifiait “le type le plus représentatif de cet état d’esprit suranné et rétrograde, pétri d’orgueil et d’astuce, naturellement compliqué et tortueux, faux et hypocrite, répugnant instinctivement à toute solu­tion franche et loyale”, et accusé de vouloir, depuis la prise de pouvoir de Bảo Ðại, se dresser entre l’empereur et le gouvernement du Protectorat, utilisant sa prépondérance au Cơ Mật  pour employer toute l’activité de cet organe du gouvernement royal “à contrecarrer l’influence du représentant du Protectorat, à stériliser le travail des divers départements ministériels et finale­ment à décourager la bonne volonté du jeune souverain”[18]. La composition du gouvernement fut arrêtée  au cours d’un entretien à Huế entre le gouverneur général Pierre Pasquier et Bảo Ðại, et le 2 mai 1933 une ordonnance royale (dụ) proclama la prise de contrôle des affaires du pays par l’empereur, assisté de cinq ministres,  Phạm Quỳnh (directeur de cabinet et Education nationale), Ngô Ðình Diệm (Intérieur)[19], Hồ Ðắc Khải (Finances et Assistance sociale), Bùi Bằng Ðoàn (Justice), et Thái Văn Toản (Travaux Publics, Beaux-Arts et Rites).[20] Cette ordonnance, complé­tée par celle du 23 mai suivant réglant le fonctionnement et les attributions de chaque organisme de gouvernement,[21] stipulait les principes directeurs du gouvernement :

1. les cinq ministères devaient être des organes de gouvernement responsables avec des tâches clairement définies plutôt que de simples canaux de transmission ;

2. le Cơ Mật, désigné sous le nom de Conseil des ministres et qui allait compter dans son sein le Président de la Chambre des Représentants du Peuple de l’Annam[22], devait reve­nir au rôle pour lequel il avait été créé initialement, pour fonctionner comme un haut conseil secret au lieu de supplanter les ministres dans leur autorité et devoirs. Présidé par le résident supérieur, il devait étudier les affaires importantes présentées par les ministè­res avant de les soumettre à la décision ou l’approbation du trône ;

3. l’empereur avait la direction effective de toutes les affaires gouvernementales, et était reconnu comme l’unique législateur de son royaume, à la condition d’avoir l’accord du résident supérieur. Par suite, les actes qui étaient de la compétence de son pouvoir légis­latif, c’est-à-dire ceux qui conditionnaient et ordonnaient la vie sociale et les droits des individus, devait être soumis à l’approbation du gouverneur général : il s’ensuivait que les actes émanant du pouvoir réglementaire du souverain devaient être revêtu du visa du chef du Protectorat pour avoir force exécutoire.  Néanmoins, pour le Tonkin[23] qui faisait partie du royaume au même titre que l’Annam, le résident supérieur assisté de son conseil privé institué par l’arrêté Robin du 1er décembre 1926 conservait son pouvoir réglemen­taire et continuait d’agir au nom de l’empereur.[24]

De la sorte, le retour au “strict régime de protectorat” semblait être devenu une réalité. Au cours des douze mois suivant la proclamation de l’ordonnance du 2 mai 1933, l’empereur allait diriger personnellement sept réunions du Cơ Mật et le résident supérieur les vingt-trois autres. Bien qu’épisodique, la présence du souverain au conseil du Cơ Mật était un fait tout nouveau. Un travail considérable d’élaboration d’actes officiels et de réformes fut entrepris et, selon les dires de la Résidence supérieure, “Huê était redevenue la capitale spirituelle des pays annamites et l’atmosphère du pays était assainie”.[25] Toutefois, la réactivation des structures impériales devait, sous peine d’être inopérante sur le terrain, être accompagnée de mesures tendant à renforcer l’action préventive et répressive des hauts mandarins. La surveillance politique fut donc confiée à un grand ministre de l’Intérieur, chargé de la direction du personnel mandarinal, c’est-à-dire de plus d’un millier de fonctionnaires. Il devait superviser la surveillance des libérés politiques, et des fonds secrets furent dévolus à cette tâche. D’autre part, dans le but de mettre fin à l’arbitraire et au népotisme, un nouveau statut du mandarinat fut adopté qui fixait les droits et les devoirs des fonctionnaires. Cela fut accompagné de mesures de purge au sein du corps mandarinal : en un an, 68 mandarins allaient être mis à la retraite, dont 46 pour raison professionnelle. Fut éga­lement créée une commission d’avancement présidée par Marty, le directeur des Affaires politi­ques, et comprenant deux autres membres du Bureau des Affaires politiques, Granjean et Authier, ainsi que le tổng đốc de Hà Đông Hoàng Trọng Phu et Ngô Đình Khôi. D’autre part, la réforme du mandarinat devait comprendre l’instauration d’un corps de juges de paix chargés de l’administration de la justice : la séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire des mandarins devait mettre fin à la concussion du mandarinat dont la source résidait dans la combi­naison de ces deux pouvoirs.[26]

L’œuvre judiciaire fut complétée par le rappel du droit absolu de grâce de l’empereur et de la réaffirmation de son autorité en matière de justice. La justice était rendue en son nom par son ministre de la Justice. La réalisation de l’harmonisation en matière de droit s’effectua par la publication d’un nouveau code pénal et par un règlement de procédure civile et pénale. En fait, le Code pénal n’allait être qu’une édition corrigée du Code Morché, nommé d’après le président de la Cour d’Appel de Hanoi qui avait codifié à l’usage du Tonkin une version moderne de l’ancien Code de Gia Long.

Toutes ces mesures prises semblaient à première vue prouver que des modifications substan­tielles avaient été apportées dans le régime politique du pays. Au contraire, elles représentaient en réalité un retour à la situation d’avant la convention du 6 novembre 1925.  Le statut politique de la Cochinchine et du Tonkin restait inchangée et, malgré la participation apparemment plus grande du gouvernement royal au pouvoir de décision, la part de celui-ci était réduite tant dans l’étendue des affaires que dans l’initiative et la responsabilité des décisions, tous les actes de quelque importance devant subir un double contrôle, celui des conseillers techniques (anciens délégués aux ministères) à la base, et celui du protectorat au sommet.[27] Les conditions sociales et politiques n’étaient nullement transformées et la restauration des pouvoirs impériaux, pompeu­sement proclamée, ne retirait pas un pouce de pouvoir à la Résidence supérieure ; elle visait même, par le biais de la commission dirigée par l’administrateur Marty et de l’intégration du président de la Chambre des Représentants du Peuple en Annam dans le Cơ Mật, à mieux contrôler les rouages de la vie politique vietnamienne. La preuve en fut fournie par la crise qui secoua le Cabinet impérial à peine trois mois après sa formation et qui conduisit à la révocation de Ngô Ðình Diệm à cause de son opiniâtreté à vouloir reprendre les décisions qui avaient vidé le traité de protectorat de 1884 de son contenu, événements rappelés laconiquement en ces ter­mes : “Depuis la démission (17/07/1933) et la révocation (sắc du 1er septembre 1933) du premier titulaire du Ministère de l’Intérieur, Ngô Đình Diệm, due beaucoup plus à l’exaltation d’un amour-propre personnel mal placé et à un orgueil devenu offensant pour la dignité royale que pour des raisons politiques bien définies, ce ministère est dirigé par Thái Văn Toản, ministre des Finances de l’ancien Cơ Mật et âgé seulement de 49 ans.”[28]

En fait, la soi-disant restauration des pouvoirs de la monarchie allégeait la responsabilité formelle du Gouvernement colonial vis-à-vis de la France métropolitaine et renforçait l’autorité des gouvernants français aux dépens des gouvernés indigènes. Le recours à Bảo Đại, en consoli­dant en pratique les moyens d’action du Protectorat, semblait ainsi plutôt participer d’une reprise en main du mandarinat par la résidence supérieure en Annam. En tout cas, la réforme des insti­tutions politiques ne fut pas vraiment entreprise. Au contraire, ayant attribué les causes des trou­bles de 1930-31 à la misère du peuple, aux structures mandarinales inadaptées, au fardeau fiscal et à la crise économique mondiale, l’administration française préférait aux réformes les réalisa­tions concrètes, car il lui paraissait plus judicieux de porter l’effort sur  les grands travaux ou de démontrer la force du pouvoir lorsque les circonstances l’exigeaient pour expurger le fait révolu­tionnaire de l’espace colonisé. Par conséquent, au lieu de la transformation des réalités du contrôle français, c’était le fonctionnement du gouvernement royal vietnamien sous ce contrôle qui avait été redéfini.

Comprenant qu’il ne disposait que d’une autorité formelle mais d’aucun pouvoir réel, Bảo Ðại ne tarda pas à abandonner tout désir de gouvernement personnel pour se confiner dans un rôle de figurant comme ses prédécesseurs, se justifiant après coup par ces lignes dans ses mémoi­res : “Par la faute des Français, la voie des réformes m’est interdite. Celle de la révolte ouverte ne peut aboutir […]  Les Français doivent me croire résigné à subir leur loi […] Je suis convaincu que mon peuple comprendra cet apparent désintérêt et que c’est pour lui que je renonce à imposer ma volonté. Il comprendra aussi que je ne veuille avoir aucune part dans tout ce qui pourrait être décidé au mépris du traité qui nous lie à la France.”[29]

Quant à l’élite réformiste vietnamienne, que la crainte des bouleversements sociaux avait fait rallier le camp de l’ordre, elle était découragée par un parti pris d’immobilisme qui se contentait de consolider les structures étatiques existantes, reportant délibérément à plus tard toute réforme politique de fond. Déçus, les membres de l’intelligentsia et même certains éléments des classes aisées se tournèrent vers le communisme, qui se réorganisait dans la clandestinité, ou sympathi­sèrent avec lui. Cependant, éludant les procédures répressives, l’opposition prit des voies détour­nées pour s’exprimer. Contre la politique restauratrice des valeurs morales confucéennes et des mœurs fondées sur elles, et qui exaltait une certaine image conservatrice de la société, la nou­velle intelligentsia se mit à combattre dans ses romans à thèse, ses romans de mœurs, ses repor­tages sociaux, le caractère rétrograde de la famille confucéenne, pour leur opposer la liberté individuelle ou les conceptions de la littérature prolétarienne. En Cochinchine, où la législation sur la presse était plus libérale, le groupe La Lutte s’efforça de créer un courant à la fois social et démocratique pour la conquête des libertés politiques et syndicales élémentaires. Par le biais de cette formule de pratique politique légale, il estimait possible de surmonter l’impuissance du mouvement national à vaincre le colonialisme.[30]

Mais le gouvernement français ne se montrait aucunement prêt à abandonner le rapport de domination politique, même après l’avènement du Front populaire. Le ministre socialiste des Colonies, Marius Moutet, affirma catégoriquement qu’il était nécessaire de donner la priorité à la réorganisation de la structure sociale du Vietnam sur la transformation de son statut politique : “Je pense que le moment est venu de donner aux masses indigènes une expression politique plus conforme aux conditions présentes, mais je pense aussi que nous ne devrions rien faire politi­quement avant d’avoir donné à ces masses une organisation sociale, par une institution du Tra­vail et un Code du Travail.”[31] Si, en réponse aux mouvements politiques et sociaux qui se dévelop­pèrent à partir de l’été 1936 (campagne pour le Congrès indochinois destiné à consulter la population sur les vœux à remettre à la commission d’enquête parlementaire sur les colonies, grèves ouvrières, etc.), quelques réformes furent adoptées (droit d’association en Cochinchine, suppression de l’autorisation préalable pour la publication des journaux, journée de neuf heures et salaire minimal), aucune n’avait cependant trait au statut politique de l’Indochine. La convic­tion de se trouver confrontée à une opposition à direction communiste explique au contraire l’insistance des autorités à appliquer la même ligne de conduite que celle suivie depuis 1930 : consolider les élites traditionnelles, en vue de lutter contre la subversion. Dans ce contexte, une certaine révision de la ligne politique consistant à restreindre et affaiblir les pouvoirs du gouver­nement royal de Huế s’imposait de nouveau. Dans une lettre adressée en février 1937 au résident supérieur en Annam, le gouverneur général Brévié spécifia que “à présent il est de notre intérêt de rendre au souverain annamite le prestige et l’autorité qu’il a pu perdre. Il est en effet la clé de voûte de l’édifice politique et social de ce pays.”[32] Cela allait conduire à une stratégie de revalorisa­tion prudente de la monarchie vietnamienne, dont le projet de réforme proposé en 1939 par le minis­tre des Colonies Georges Mandel devait constituer la première étape. Ce projet, éla­boré sous la menace japonaise, consistait à restituer au gouvernement royal de Huế une partici­pation appa­rente à l’administration du Tonkin (création d’une Chambre Haute commune à l’Annam et au Tonkin, et participation du Tonkin aux dépenses du gouvernement de Huế).[33] Ce qui importait en fin de compte, c’était d’utiliser la monarchie et son mandarinat comme un rem­part contre la sub­version dans les campagnes et comme un pole de consolidation de la classe dirigeante vietna­mienne.

De la sorte, depuis 1930 les gouvernements français successifs avaient constamment suivi la même politique coloniale au Vietnam, quelle qu’ait été leur appartenance politique. Le même principe directeur continuait à prévaloir : les concessions n’étaient faites qu’à petites doses, et elles étaient faites non pas aux dépens de l’autorité française, mais dans le but de la consolider.


[1] Cf. Nguyễn Thế Anh, “The Vietnamese Monarchy under French Colonial Rule 1884-1945”, Modern Asian Studies, 19, 1 (1985), p. 158.

[2] Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 368, dossier 2939.

[3] Cf. Patrice Morlat, La répression coloniale au Vietnam (1908-1940). Paris, L’Harmattan, 1990, p. 174.

[4] Ibid., p. 175.

[5] Ibid., p. 176.

[6] Cette convention stipulait que les rites et les règles constitutionnelles restaient du domaine des ordonnances royales et que l’empereur continuait à assumer son rôle sacré et son droit de grâce. Par contre, toutes les questions concer­nant la justice et l’administration étaient régies par arrêtés du chef du protectorat. Ce dernier, pour certaines affaires, devait cependant consulter le Cơ Mật ou obtenir l’adhésion de la Chambre des Représentants du Peuple d’Annam, dont la création fut décidée par la convention. Voir, pour un commentaire détaillé: Paul Couzinet, “La structure juridique de l’Union Indochinoise”, La Revue indochinoise juridique et économique, 1938-VII, p. 465 et sq. ; Nguyễn Thế Anh, Monarchie et fait colonial au Viêt-Nam (1875-1925). Le crépuscule d’un ordre traditionnel. Paris, l’Harmattan, 1992, pp. 271-274.

[7] Ces articles, qui parurent d’abord dans le journal France-Indochine, étaient réunis dans la dernière partie (“Nationa­lisme annamite et Protectorat français”) des Essais franco-annamites que Phạm Quỳnh fit publier en 1937.

[8] Toutefois, les réformes auxquelles consentit le ministre des Colonies ne concernaient que des mesures telles que la réduction des taxes d’exportation du riz, l’extension des arrangements pour le crédit agricole à long terme, l’abolition de l’emprisonnement pour dette, et des réformes du mandarinat. Il déclara à l’issue de sa visite qu’à son avis il serait dangereux d’accorder trop d’autonomie à une population qui n’avait pas de classe moyenne, mais seu­lement une masse immense de paysans illettrés sous une mince couche de gens instruits.

[9] Pierre Pasquier avait d’ailleurs toujours considéré l’ordre ancien et les forces traditionnelles du pays vietnamien comme des barrières utiles contre le nationalisme révolutionnaire. Dès sa nomination à la résidence supérieure en Annam, il défendait déjà une politique d’association dont il traçait les grandes lignes dans une note datée du 17 octobre 1921 et intitulée “D’une politique à pratiquer à Huê” (note reproduite dans: Gouvernement Général de l'In­dochine. Direction des Affaires Politiques, Conti­nuité de la politique française du protectorat en Annam-Tonkin avant et après l'avènement de Sa Majesté Bao-Dai. n.d.). On y lit ces lignes : “Un roi dont on connaît les sentiments sincères, sur la collaboration duquel nous pouvons être assurés, un roi par conséquent non discuté par les Français et dont le prestige est solidement établi peut être pour notre action un adjuvant utile, il peut, par nous, assurer la paix des esprits et contenir les mouvements qui pourraient se produire à droite comme à gauche. Le roi Khải Định est apte avec notre appui à jouer ce rôle, il peut ‘maintenir’ pendant que nous, nous ‘agirons’. Pour réaliser une telle politique, il n’est besoin que de franchise et de droiture dans toutes nos relations avec le roi et le gouvernement annamite.”

[10] Né le 21 octobre 1913, Bảo Ðại allait avoir en 1931 dix-huit ans, “âge à partir duquel les Annamites doivent payer l’impôt et sont par conséquent considérés comme majeurs”, le rappela Nguyễn Hữu Bài, le ministre de la Fonction publique (Bộ Lại, que les textes français d’alors appelaient ministère de l’Intérieur) à la séance du Cơ Mật du 24 octobre 1930 ; au cours de ce même conseil de gouvernement, Nguyễn Hữu Bài souligna à propos d’un projet d’arrêté concernant les expropriations pour cause d’utilité publique que la décision n’en pouvait être prise que par le souverain lui-même (“Retour en Annam de S.M. l’Empereur Bao Dai, 1931-1932”, Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 368, dossier 2939).

[11] Cité dans: Nguyễn Thế Anh, “Les élites vietnamiennes face à l’Union française”, The Vietnam Forum, n° 12, Summer-Fall 1988, p. 93.

[12] Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 331, dossier 2675.

[13] “Réformes du gouvernement annamite, 1931-1933”, Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 368, dossier 2940.

[14] Ibid.

[15] Voir Bruce M. Lockhart, The End of the Vietnamese Monarchy. New Haven , Yale Southeast Asia Studies, 1993, p. 59-66.

[16] De cette tournée, Bảo Ðại devait écrire rétrospectivement : “Ce voyage m’a incontestablement révélé une nouvelle dimension de mon pays… Je n’en reviens pas moins assez déçu de ce séjour. En effet, j’ai encore mieux ressenti à Hanoi, où j’étais reçu en invité alors que j’étais chez moi, combien est infime le rôle qu’on attend de moi. Tout ce qui concerne, en fait, la vie quotidienne, l’avenir de mon pays et de mon peuple m’est interdit.” (S.M. Bao Dai, Le dragon d’Annam. Paris, Plon, 1980, pp. 51-52).

[17] “Réformes du gouvernement annamite, 1931-1933”, Centre des Archives d’Outre-Mer, Indochine N.F., carton 368, dossier 2940. Pierre Pasquier rapporta aussi au ministre des Colonies que dans les entretiens qu’il eut avec Bảo Ðại à Dalat les 25 et 26 février 1933, le jeune souverain lui “confirma certains faits… qui prouvaient que les Reines mères et les Ministres demeuraient sourdement hostiles à une évolution moderne des mœurs du Palais” (Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 368, dossier 2939). Le résident supérieur p.i. en Annam, Thibaudeau, présenta néanmoins l’élimination de tous les anciens ministres comme une faute : “Sacrifier tous les anciens minis­tres était risquer de s’aliéner toute une catégorie d’individus, celle qui dirige encore les destins de l’Annam” (Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 330, dossier 2664, “Résumé des faits politiques principaux se rattachant à la situation politique, 31/3/1933 – 24/7/1934”).

[18] Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 368, dossier 2940.

[19] Choisi par Bảo Đại à la place de son frère Ngô Đình Khôi, gendre de Nguyễn Hữu Bài et gouverneur (tổng đốc) du Quảng Nam, qui lui avait été proposé initialement.

[20] Sur ce nouveau Cabinet, Pierre Pasquier fit le rapport suivant au ministre des Colonies, le 10 mai 1933 : “De l’ancien cabinet un seul ministre subsiste. C’est S.E. Thai Van Toan qui occupait le poste des Finances. Dans la nouvelle combinaison il sera chargé du ministère des Travaux, des Beaux-Arts et des Rites […] Il est intelligent et d’esprit moderne ; sans doute représente-t-il un peu l’ancien état de choses mais il est affecté au seul département ministériel dont l’action sur la politique et l’administration est pratiquement nulle. Il ne pourra en aucun cas exercer d’influence sur ses collègues […] S.E. Thai Van Toan qui était le benjamin de l’ancien Cabinet est aujourd’hui le doyen du nouveau gouvernement. Il est âgé de 48 ans. Le plus jeune des nouveaux ministres, S.E. Ngo Dinh Diêm n’a que 34 ans. Deux ont la quarantaine : MM. Ho Đac Khai et Pham Quynh ; S.E. Bui Bang Doan a 46 ans. C’est un ministère de jeunes, tous les ministres ayant moins de 50 ans, alors que dans le précédent cabinet tous sauf Toan avaient dépassé 60 ans, le premier Bài comptant 71 ans” (Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 368, dossier 2939).                    

[21] Voir pour plus de détails Ðặng Trần Xa, Les réformes de Sa Majesté Bao-Dai en Annam. Paris, 1939), 157 p.

[22] L’ordonnance du 3 juillet 1933, tout en confirmant l’existence de la Chambre des Représentants du Peuple en Annam, précisait que ses attributions restaient consultatives : les vœux politiques étaient interdits, et les vœux d’ordre économique, financier et social ne pouvaient être discutés que s’ils étaient autorisés par le ministre de l’Intérieur d’accord avec le résident supérieur.

[23] Le régime statutaire du Tonkin était réglé par l’ordonnance du 24 octobre 1933.

[24] “Rapport sur l’activité politique et administrative du Gouvernement annamite (1er mai 1933 – 25 juillet 1934)”, Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 330, dossier 2664.

[25] Cité par Patrice Morlat, La répression coloniale au Vietnam (1908-1940). Paris, L’Harmattan, 1990, p. 178.

[26] Ibid., p. 179.

[27] Raymond Guillien, professeur à l’Ecole Supérieure de Droit de Hanoi, a pu encore écrire en 1939 que “la quasi-totalité des protectorats ont accepté l’infiltration dans les services de l’Etat protégé des fonctionnaires de l’Etat pro­tecteur, en nombre plus ou moins grand, en des situations plus ou moins élevées, parfois les plus élevées, celles par exemple des trois résidents supérieurs de l’Annam, du Tonkin, du Cambodge. Ce qui fait que le protectorat se rap­proche de l’administration indirecte. Ce qui fait même que des protectorats ont pu devenir, peu à peu, de véritables colonies. Sans entrer dans aucun détail, nous dirons que le Cambodge a failli devenir une colonie, colonie qu’il n’est pas, que le Tonkin, en un moment assez récent de son histoire, fut une colonie, colonie qu’il n’est plus.” (Raymond Guillien, “A propos des ‘Nouveaux essais franco-annamites’ de S.E. Pham Quynh”, La Revue indochinoise juridi­que et économique, 1939-III, pp. 587-588).

[28] “Rapport sur l’activité politique et administrative du Gouvernement annamite (1/5/1933-25/7/1934)”, Centre des Archives d’Outre-Mer, Gouv. Gén. Indo., Indochine N.F., carton 330, dossier 2664. Voir l’explication des faits par Bảo Ðại lui-même dans Le Dragon d’Annam, op.cit., pp. 59-61.

[29] Le Dragon d’Annam, op. cit., pp. 61-62. Il faut noter que la disparition de Pierre Pasquier à la suite d’un accident d’avion le 15 janvier 1934 avait privé très tôt Bảo Ðại de son soutien le plus chaleureux.

[30] Cf. Daniel Hémery, Révolutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine. Paris, François Maspero, 1975, p. 248 sq.

[31] Centre des Archives d’Outre-Mer, Papiers d'Agents 28, carton 4, dossier 125.

[32] Nguyễn Thế Anh, “Vietnamese Monarchy…”, art. cit., p. 161.

[33] Ibid.