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Documents LES
IMPASSES DE L’ÉDUCATION NATIONALE [NDLR – Les
deux auteurs ont travaillé comme professeurs d’université à Dalat
et à Saigon avant le changement de régime de 1975. Ils ont déjà rédigé
deux dossiers sur le sujet de l’éducation au Vietnam, paru dans
Eglises d’Asie en 1993 : L’éducation au Vietnam : une
crise qui se prolonge (en supplément d’Eglises d’Asie 193),
et en 2000 : Education et formation professionnelle au Vietnam
(en supplément d’Eglises d’Asie 307).] par
Lâm Thanh Liêm et Jean Maïs C’est le changement de système
économique qui a entraîné le bouleversement complet de l’éducation
nationale au Vietnam. Ce bouleversement a eu pour premières causes, la
politique de « renouveau » (entamée à l’issue du
VIe Congrès, en décembre 1986), puis l’effondrement
soudain du bloc communiste de l’Europe de l’Est (1989-1990) et de
l’URSS (1991). Ces deux facteurs ont obligé les responsables
politiques à lancer d’urgence des réformes pour sortir le Vietnam de
la crise économique qui l’avait paralysé durant plusieurs décennies.
C’est ainsi que l’économie de marché s’est substituée à l’économie
socialiste. A ce net changement d’orientation économique, sont venus
s’ajouter l’ouverture de l’économie vietnamienne aux pays non
communistes, l’entrée du pays à l’ASEAN (juillet 1995), la « normalisation
des relations commerciales » avec les Etats-Unis (décembre
2001). Ces changements, auxquels il faut associer la future adhésion du
Vietnam à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) prévue pour
2005, ont mis les dirigeants vietnamiens dans l’obligation de réviser
d’urgence leur politique d’éducation et de formation
professionnelle, pour s’adapter à la nouvelle donne politico-économique
mondiale. I.) La
situation présente de l’éducation et de la formation professionnelle
au Vietnam Pendant longtemps, le caractère
principal de l’enseignement vietnamien (longtemps considéré comme
acquis et jamais remis en question) a été la gratuité des études
(primaires, secondaires, universitaires et formation professionnelle).
Mais depuis la rentrée scolaire 1988-1989, une révision déchirante
dans le domaine éducatif s’est effectuée, entraînée par la détérioration
socio-économique. C’est à cette date en effet que l’enseignement
public est devenu payant. Ce revirement a été lourd de conséquences. 1.) La
chute spectaculaire des effectifs des élèves (primaires et
secondaires) En trois ans (1987-1990), la
progression des élèves a été pratiquement enrayée ou du moins
considérablement ralentie. En effet, le nombre d’élèves du primaire
n’a augmenté que de 200 000 (chiffre officiel), alors que le
taux annuel de croissance démographique a été de 2,2 ou 2,3 %,
ce qui représente une tranche de 1,3 à 1,4 % de jeunes élèves
supplémentaires devant fréquenter l’école chaque année. C’est surtout dans
l’enseignement secondaire que les effets de changement de politique éducative
se sont révélés catastrophiques. Selon le quotidien Tuôi Tre
(‘Jeunesse’), du 31 août et du 3 septembre 1993, parmi 1 326 000
élèves ayant abandonné leurs études en 1997-1990, près d’un
million (à savoir 72 % du total) appartenaient au secondaire (dont
60 % des élèves du 1er cycle soit 600 000, et 40 %
du 2e cycle soit 400 000). C’est dans les campagnes
que la désertion des écoles s’est avérée inquiétante, ce qui a
amené les autorités locales à prendre des mesures appropriées comme
les visites fréquentes à domicile effectuées par les « can bô »
(cadres) et les agents de sécurité rurale par exemple, pour rappeler
et encourager les parents d’élèves d’âge scolaire (6 à 11 ans)
à les envoyer à l’école. 2.) Dans
le primaire et le secondaire, des frais d’études exorbitants, devenus
inaccessibles aux masses populaires Cette chute des effectifs était due sans nul
doute à la suppression de la gratuité de l’enseignement. Certes,
l’enseignement primaire, aujourd’hui encore, est gratuit et
obligatoire. Ce principe a été réaffirmé par le vote de l’Assemblée
nationale (en août 1991), au lendemain du VIIe Congrès du
Parti communiste vietnamien (PCV). Cependant, les parents d’élèves
doivent payer une somme de 15 000 à 20 000 dôngs par an (1FF
= 2 000 dôngs en 1991, 1 euro = 18 000 dôngs au 4e
trimestre 2003). Cette dépense est variable, selon les régions, moins
élevée dans les « zones 1 » (campagnes) et les
« zones 2 » (les « moyennes et hautes régions »,
et autres régions reculées) que dans les « zones 3 »
(villes). En outre, d’autres contributions financières importantes
pour l’entretien, le maintien et la réfection de certains bâtiments,
etc., sont également exigées des élèves. Pour tout l’enseignement secondaire, la
gratuité est désormais officiellement supprimée. Seuls les élèves
appartenant à certaines catégories (dont le père ou la mère sont
morts pour la patrie ou sont de grands blessés de guerre, etc.) bénéficient
d’une dispense de frais scolaires. L’enseignement scolaire se
subdivise en deux « filières » : - Les élèves relativement doués sont
d’abord recrutés sur dossiers par les écoles de la « filière
A » et bénéficient des frais d’études les moins chers.
Cependant, ceux-ci varient selon les zones. Dans les grandes villes
(comme Hô Chi Minh-Ville, par exemple), les parents d’élèves des écoles
publiques implantées dans les quartiers populaires du 4e
arrondissement ont dû débourser une somme de 200 000 dôngs par
an (année scolaire 1993-1994). Ces frais scolaires se sont quelquefois
élevés jusqu’à 1 000 000 de dôngs (voire davantage dans
le cas où les établissements scolaires étaient situés dans des
quartiers plus aisés (du 1er ou du 2e
arrondissement par exemple). - Les autres élèves, estimés peu
capables et refusés par les écoles publiques, se voient obligés de
suivre la « filière B » et de payer des tarifs deux
fois plus élevés. On trouve surtout cette filière dans les écoles « fondées
par le peuple » (c’est-à-dire par les associations ou
autres organisations « privées », agréées par l’Etat).
Le directeur de ces écoles est choisi parmi les membres du PCV. Ce sont
en quelque sorte des écoles « libres » (placées sous le
contrôle attentif du PCV). Elles sont cependant en nombre limité.
Quant aux écoles privées (au sens propre du mot), elles sont créées
par une personne privée. « Ce type d’écoles n’a
pratiquement pas existé jusqu’à présent, et n’a pas encore reçu
de statuts », a affirmé récemment un haut responsable de
l’Université de Hô Chi Minh-Ville en mission à Paris. Pour
l’année scolaire 1997-1998, les frais d’études secondaires de la « filière
B » dans les « zones 3 » (villes) avaient
été fixés à 585 000 dôngs/an pour le 1er cycle, et
à 810 000 dôngs pour le 2e cycle, frais deux fois plus
élevés que ceux des écoles publiques (1). Si l’on prenait en compte
les autres dépenses exigées par les écoles (citées ci-dessus), les
parents d’élèves devraient alors débourser de 1 200 000
à 1 600 000 dôngs/an, pour le 2e cycle. Certaines
écoles « fondées par le peuple », bien cotées
et implantées dans les arrondissements assez aisés de Hô Chi
Minh-Ville comme « Kêt Doàn » (rue Bùi Chu, 3e
arrondissement par exemple) ou encore Hoà Binh (rue de la Commune de
Paris, 1er arrondissement), exigent de fortes sommes pouvant
s’élever à 1 000 000 de dôngs/an auxquelles les familles
sont invitées à ajouter une « contribution volontaire »
aux charges de l’école, ce qui leur permet d’inscrire leur nom sur
un « livre d’or ». En fin de compte, les frais
scolaires et autres dépenses confondus peuvent alors atteindre des
montants considérables (1 500 000 dôngs à 1 800 000
dôngs/an ou plus). Malgré les plaintes et les contestations des
parents d’élèves, ainsi que de nombreux articles parus dans certains
journaux tels que Tuôi Tre (‘Jeunesse’), Lao Dông
(‘Travail’) ou Công Giao cà Dân Tôc (‘Catholicisme et
nation’), les frais scolaires des écoles publiques n’ont cessé
d’augmenter. En quatre ans (1994-1998), ils avaient octuplé. A tel
point qu’ils étaient devenus une charge insupportable non seulement
pour les enfants de familles pauvres mais également pour ceux
originaires de familles de revenu moyen. Cet état de choses a obligé
le gouvernement à adopter, au cours de l’année scolaire (1997-1998),
une nouvelle politique concernant les frais scolaires (2). Des tarifs
cadres ont été fixés à chaque rentrée scolaire pour éviter les
abus. Malgré cela, la progression des frais scolaires n’a pas ralenti ;
au contraire, elle s’est encore intensifiée. Ainsi d’après le Nhân
Dân (‘Le Peuple’) du 24 juin 2003, le coût moyen des frais
d’études secondaires des écoles « fondées par le peuple »
(année scolaire 2003-2004) a atteint 400 000 dôngs par mois (1
dollar = 15 500 dôngs) ou 3 600 000 dôngs par an
(contre 585 000 par an en 1997-1998). Il a donc plus que sextuplé
en cinq ans (1998-2003). 3.) Les
dépenses scolaires imposées aujourd’hui sont sans rapport avec le
niveau de vie de la population Les dépenses scolaires ainsi imposées à la
population sont totalement disproportionnées par rapport au niveau de
vie moyen de la population. Le Vietnam reste encore parmi les dix pays
les plus pauvres du monde, avec un revenu per capita évalué à
340 dollars américains par habitant en l’an 2000 (chiffre officiel).
Par ailleurs, les inégalités de revenus tendent à s’accentuer entre
villes et campagnes. La population de Hô Chi Minh-Ville par exemple bénéficie
d’un meilleur niveau de vie (avec un revenu moyen annuel de 700
dollars par habitant, soit plus du double de la moyenne nationale). Par
contre, en 1996, dans les régions reculées, les paysans disposaient
d’un revenu mensuel inférieur à dix dollars (d’après l’AFP
du 25 juin 1996) et plus de 55 % des paysans du delta du Mékong
(dotés pourtant d’un niveau de vie bien supérieur à celui de leurs
collègues du delta du Fleuve rouge) vivaient encore sous le seuil de
pauvreté. Ce taux a été ramené à 20 % (grâce au programme
d’aide humanitaire de l’ONU au Vietnam contre la pauvreté). Cette insuffisance du niveau de vie est
encore accentuée par un taux de croissance démographique encore élevé.
Quoiqu’en baisse régulière depuis le lancement de la politique de
planning familial dans les années 1980, le taux de fécondité du
Vietnam demeure encore élevé (4 enfants par femme en 1990 et 3,1 en
1996, chiffres officiels). Cependant, une moyenne de 4 à 5 enfants par
famille rurale ou de 3 à 4 enfants par famille urbaine est chose
courante. 4.) Inégalité
accrue des chances scolaires L’inégalité des chances scolaires est en
rapport étroit avec l’inégalité des ressources au sein de la
population vietnamienne, une inégalité qu’illustre l’enquête,
effectuée par l’Université nationale de l’économie à Hanoi en
2000 et publiée (3) en novembre 2002. Elle révèle que le revenu
moyen des cadres de base est estimé à 722 000 dôngs/mois, primes
comprises (soit 46 dollars, équivalents aux salaires des ouvriers le
mieux payés dans une entreprise « joint-venture ») ;
celui des cadres moyens, à 1 325 000 dôngs (soit 85 dollars)
et des cadres supérieurs, à 2 098 000 d (soit 135 dollars). Si les familles de cadres sur lesquelles
porte cette enquête ne sont pas rebutées par le coût excessivement élevé
des frais d’études du primaire et du secondaire (secteur public ou
privé), les parents pauvres, par contre, n’ont pas les possibilités
financières d’envoyer tous leurs enfants d’âge scolaire à l’école.
Ainsi, bon nombre d’élèves des familles rurales sont obligés
d’interrompre leurs études, avant la fin du primaire et du secondaire
pour les aider dans les travaux des champs. Les enfants des masses
populaires urbaines font de même et entrent très tôt dans la vie
active, avant l’âge actif légal (15 ans). D’après une enquête
menée par le journal Tuôi Tre (4), 66 % des enfants
des familles pauvres (de 10 à 14 ans) font encore des études (contre
96 % des enfants des familles aisés appartenant à la même
tranche d’âge), 48 % des enfants des familles pauvres ont terminé
leurs études primaires (contre 97 % des enfants des familles aisées)
et 3 % seulement des jeunes des familles pauvres sont diplômés du
baccalauréat, alors que 58 % des enfants des familles aisées le
sont. Autrement dit, les jeunes issus des familles riches et aisées ont
plus de chance de réussir dans leurs études que ceux des familles
pauvres. D’après un rapport assez accablant de
l’UNICEF publié en 1999, sur 91 % des élèves inscrits au
primaire, 63 % seulement ont terminé leur cycle d’études et,
sur 1,3 million d’enfants d’âge scolaire (de 6 à 11 ans) n’ayant
jamais fréquenté l’école, 50 % étaient issus des minorités
ethniques ou résidaient dans des régions reculées. Selon les
estimations de l’Etat (5), en 1998, des 91 % d’enfants d’âge
scolaire qui étaient entrés au primaire, il n’en restait plus que
22,8 % pour s’inscrire au 2e cycle du secondaire.
Autrement dit, beaucoup d’entre eux ont abandonné leurs études, au
fur et à mesure qu’ils ont accédé aux classes supérieures. De toute évidence, la raison financière est
la cause principale de l’abandon des élèves de l’enseignement général.
La désertion scolaire massive touche non seulement les provinces
pauvres ou reculées (comme celles des « moyennes et hautes régions »,
des hauts plateaux, et des plaines côtières du Centre-Vietnam, de
la partie orientale du Sud-Vietnam par exemple), mais aussi les
provinces riches (comme celles du delta du Mékong par exemple). En
bref, ce phénomène est généralisé, depuis que l’Etat vietnamien
applique la politique dite de « socialisation de l’éducation »
(traduite littéralement ‘xa-hôi-hoa giao duc’) c’est-à-dire
la participation financière de la société ou plus précisément des
parents aux charges éducatives. Dans de nombreuses provinces (comme
Minh Hai et Kiên Giang de la péninsule de Cà Mau par exemple), les
taux des élèves qui ont abandonné leurs études (année scolaire
1998-1999) sont alarmants (30 % pendant le primaire, 39 % dans
le 1er cycle et 38 % dans le 2e cycle du
secondaire). Dans ces mêmes provinces, les taux d’analphabétisme
sont tout aussi inquiétants, tournant autour de 15 à 40 % de la
population selon les districts. Toujours d’après les statistiques
officielles, dans l’ensemble du delta du Mékong, 39,17 % des
enfants d’âge scolaire (6 à 11 ans) n’ont jamais pu aller à l’école.
Ce même phénomène s’est aussi répandu dans les villes du Sud. A Hô
Chi Minh-Ville par exemple (un des deux plus grands centres économiques,
universitaires et culturels du Vietnam), près de 400 000 enfants
n’ont pu terminer leurs études primaires obligatoires et 200 000
autres sont analphabètes. Au Nord-Vietnam, on relève des taux équivalents
(variant de 30 à 40 %) dans de nombreuses provinces frontalières
sino-vietnamiennes ou du delta du Fleuve rouge. Pour encourager et aider les enfants pauvres
dans certains quartiers populaires des villes (comme Hô Chi Minh-Ville
et sa banlieue nord-est, à Binh Triêu et Thu Duc par exemple) à
poursuivre leurs études primaires, certaines organisations religieuses
(catholiques, protestantes, bouddhistes, etc.) leur offrent (avec le
consentement de leurs parents), outre les études gratuites, un repas de
midi, pour qu’ils reprennent le chemin de l’école, au lieu de se
lancer trop tôt dans la vie active pour gagner quelques milliers de dôngs
par jour (moins d’un euro). 5.) Un
corps enseignant réduit au minimum et en crise permanente Sans parler du manque de personnel
administratif et de gestion, l’éducation nationale vietnamienne
souffre particulièrement de la pénurie aiguë d’enseignants
(primaires, secondaires, universitaires et de chercheurs de haut niveau
dans toutes les disciplines). Cette situation dramatique au plan
national n’a cessé d’empirer au cours de ces dernières années.
Elle se chiffre ainsi : 93 000 enseignants (dont 50 000
instituteurs, 28 000 professeurs du 1er cycle du
secondaire, et 15 000 professeurs du 2e cycle du
secondaire, pour l’année scolaire 1996-1997) (6), et 116 000
(dont 60 000 instituteurs, 50 000 professeurs du 1er
cycle du secondaire et 6 000 professeurs du 2e cycle du
secondaire, pour l’année scolaire 1997-1998) (7). Face à l’aggravation progressive de la pénurie
d’enseignants de l’enseignement général, le ministère de
l’Education et de la Formation a été obligé de recourir à diverses
méthodes. Recrutés par voie de concours, les étudiants doivent suivre
un cursus universitaire de deux ans (bac + 2) à l’école normale
secondaire, pour la formation des instituteurs, de trois ans (bac + 3)
ou de quatre ans (bac + 4) à l’école normale supérieure, pour la
formation des professeurs du 1er ou du 2e cycle du
secondaire. Comme leur cycle de formation est assez long et que les
frais d’études sont élevés (3,2 millions de dôngs au moins par an,
dont les deux tiers sont constitués par les frais scolaires et le
logement dans une cité universitaire), les jeunes répugnent à entamer
une telle formation trop coûteuse pour se retrouver à leur sortie de
l’université avec un traitement dérisoire et des conditions de
travail laissant beaucoup à désirer. Les jeunes fraîchement diplômés
sont en général affectés dans les régions « situées au
bout du monde » (sic), éloignés des centres urbains,
des axes de transports et de communications. Les classes sont surchargées,
les écoles sont délabrées (ni portes, ni fenêtres, ni équipements
scolaires, etc.). Las de travailler dans de telles conditions, ils
finissent par se décourager et donner leur démission pour regagner les
villes et les grosses agglomérations, où les débouchés d’emplois
divers et variés, fruits de la nouvelle économie de marché, leur
offrent l’opportunité de trouver un bon emploi. Les professeurs du secondaire en font de même.
Affectés dans des régions où les populations villageoises et des
bourgades sont en majorité pauvres, ils sont dans l’impossibilité
d’y donner des cours particuliers ou d’y pratiquer un second métier
(marchand ambulant, petit commerçant détaillant, menuisiers, maçon,
électriciens, etc.) pour améliorer leur ordinaire. Ce sont surtout les
cours particuliers et un second métier qui constituent leur véritable
gagne pain, leur rapportant de 50 à 75 % de leur revenu, ce qui
explique les démissions et les abandons fréquents des enseignants, en
particulier des instituteurs et des professeurs du 1er cycle
du secondaire. Loin de leur interdire de donner des cours particuliers
ou d’exercer un second métier, les autorités locales les ont
encouragés dans cette voie. Parallèlement, l’Etat s’est hâté de
recruter les jeunes fraîchement diplômés du Brevet d’études du
Premier cycle (BEPC), et après leur formation accélérée (six mois),
ils ont été aussitôt affectés dans des postes vacants. « Cette
solution ne semble pas la bonne, ont reconnu de hauts responsables
de l’éducation. Cependant, faute de mieux, on ne peut faire
autrement » (sic). D’autres mesures ont été prises
en leur faveur. Ils touchent une prime supérieure de 30 à 50 %
par rapport aux autres régions, lorsqu’ils sont affectés dans les
campagnes ou d’autres zones reculées. Depuis quelques années, les étudiants
des écoles normales secondaires et supérieures bénéficient des
bourses d’un montant de 120 000 dôngs par mois (soit une
augmentation de 20 %), ainsi que de la gratuité des frais d’études
de formation, durant tout le cursus universitaire. 6.) Le
gouvernement affiche un bilan positif Pourtant, malgré cette situation dramatique,
les responsables vietnamiens continuent d’afficher leur optimisme et
de faire état de « progrès remarquables » accomplis
dans le domaine de l’Education nationale. Ils affirment avoir
fait « progresser sans cesse » le taux de
scolarisation. De 86 % (année scolaire 1990-1991), il serait passé
à 94,8 % (année 1998-1999), dépassant celui de plusieurs Etats
membres de l’ASEAN ! La proportion des élèves ayant terminé
l’enseignement primaire serait en augmentation régulière. De 54,47 %
en 1993, elle s’est élevée à 75,50 % en 1998. Ainsi, selon le
professeur Trân Kiêu, directeur de l’Institut des sciences de l’éducation
du Vietnam, les objectifs fixés pour l’an 2000, à savoir une
proportion de 70-80 %, ont été atteints deux ans avant la date prévue
(8). L’éradication de l’analphabétisme chez
les 15 à 35 ans et la généralisation de l’enseignement primaire,
selon le mot d’ordre du PCV, ont dû être axées sur les « moyennes
et hautes régions » et autres zones reculées. Cette
politique aurait été achevée en 2000, d’après le professeur Trân
Kiêu. Les taux des élèves, ayant réussi aux
examens du primaire, du BEPC et du baccalauréat par rapport au nombre
de candidats inscrits (année scolaire 1997-1998) ont été « très
impressionnants » (9), respectivement : 97,29 %,
87,71 % et 92,89 % (nettement mieux que la France, avec un
taux moyen de réussite à l’examen du baccalauréat par exemple,
oscillant, bon an mal an, autour de 75 à 85 %). Rare était le
taux de réussite supérieur à 90 %. Des statistiques ont été officiellement
publiées, concernant les effectifs globaux des élèves et des étudiants
inscrits à chaque rentrée scolaire. Ce sont les suivantes : 12 664 000 élèves
et étudiants (année scolaire 1990-1991) 20 438 000 élèves
et étudiants (année 1998-1999) 21 906 000 élèves
et étudiants (année 2003-2004), pour une population estimée à 84 millions
d’habitants. Les élèves se répartissent comme suit : - Les maternelles …………………………. :
2,8 millions - Le primaire ……………………………… :
8,5 millions - Le 1er cycle du secondaire ………………. :
6,6 millions - Le 2e cycle du secondaire ……………….. :
2,6 millions - Les écoles spécialisées .…………………. :
390 000 étudiants ) - Les écoles supérieures …………………... :
178 000 étudiants ) soit un total de 1 406 000 étudiants - Les Universités (d’Etat et « libres ») ……. :
838 000 étudiants ) Total
général : 21 906 000
élèves et étudiants
inscrits (10). Quelques observations s’imposent sur ces
données statistiques officielles : - Les chiffres manquent de précision.
Ils sont parfois fantaisistes et loin d’exprimer la réalité de la
situation de l’éducation nationale au Vietnam. Malgré la crise
provoquée par l’augmentation excessive des frais d’études et
d’autres charges abusives, qui s’est traduite surtout par
l’abandon massif des élèves de l’enseignement général, les
effectifs globaux (élèves et étudiants) auraient connu cependant une
croissance « fulgurante » qui les ont fait passer de 12 664 000
en 1990 à 20 438 000 en 1998, soit une augmentation de 7 774 000
nouveaux inscrits en huit ans soit une moyenne de 971 000 par an. - Ils auraient continué de progresser
de plus de 20 millions en 1998 à près de 22 millions en 2003, soit une
augmentation de 1 468 000 nouveaux inscrits en cinq ans ou en
moyenne un peu moins de 300 000 par an, ce qui équivaut à un
tiers du nombre d’élèves et d’étudiants en augmentation annuelle
pendant la période précédente 1990-1998. Par conséquent, la
progression de leur effectif global a eu tendance à fléchir au cours
de ces dernières années, résultant de la désertion de l’école par
les élèves de l’enseignement général. Malgré ses efforts déployés,
Hanoi n’a donc pas réussi à camoufler les graves difficultés,
qu’il a rencontrées dans les réformes éducatives. II.) « Explosion »
de l’enseignement supérieur et « inflation » des diplômes 1.) Des
statistiques étonnantes Jusque vers 1996, le nombre d’étudiants
inscrits chaque année dans l’enseignement supérieur (y compris les
écoles professionnelles et les collèges techniques destinés à la
formation des ouvriers spécialisés) est resté quasi-stationnaire,
oscillant entre 130 000 et 150 000. Mais depuis cette date, on
assiste à une « explosion » extraordinaire des effectifs.
Ceux-ci sont passés de 137 000 inscrits (11) lors de la rentrée
universitaire de 1993 à 1 406 000 en 2003 (y compris les étudiants
des écoles spécialisées et supérieures). Il a été donc multiplié
par dix en dix ans, chiffre très étonnant (12), alors que,
paradoxalement, la croissance du nombre d’élèves de l’enseignement
primaire et secondaire a eu tendance à se ralentir d’année en année. Or, comme l’enseignement général, les
frais d’études universitaires, ainsi que ceux des écoles supérieures,
professionnelles et des collèges techniques, sont devenus de plus en
plus chers. Ils représentent pour la plupart des familles de revenu
moyen ou même aisé un poids insupportable. Ainsi, lors d’une visite
du Secrétaire général du Parti communiste vietnamien (PCV) à
l’Université de Cân Tho (en septembre 1996), le recteur a, dans son
discours, tiré la sonnette d’alarme, soulignant que « cette
université est plutôt destinée à servir la classe aisée ; 60 %
de ses étudiants en sont originaires ». Toujours selon
lui, « les élèves
pauvres, en majorité résidant à la campagne, ont beaucoup de
difficultés à y accéder, compte tenu des frais d’études excessifs :
trois millions de dôngs par an, bien supérieurs au revenu de la
quasi-totalité des familles paysannes ». Une enquête par sondage, effectuée par Tuôi Tre (13)
donne une image analogue des exigences financières de la vie
estudiantine à Hô Chi Minh-Ville, où chaque étudiant de
l’université d’Etat doit dépenser en moyenne entre 3 et 3,2
millions de dôngs au moins par an (dont les deux tiers sont constitués
par les frais scolaires et le logement dans une cité universitaire). A la veille de la rentrée universitaire
2003-2004, le vice-ministre de l’Education et de la Formation a déclaré
(14) qu’une « augmentation des frais d’études sera impérative
pour améliorer la qualité de la formation ». Selon lui, « cette
politique aura des répercussions sur la société tout entière, et par
voie de conséquence, le gouvernement va prendre des décisions
officielles sur les tarifs cadres ». D’après Tuôi Tre
du 21 septembre 2003, de 1 620 000 dôngs par an en 1999, les
frais d’études des universités d’Etat sont passés à 2 225 000
dôngs en 2003, les charges dues à l’établissement et autres dépenses
non comprises (livres, déplacement, logement, nourritures, etc. pour
les étudiants originaires des provinces). Aucun tarif des frais d’études
des universités et des écoles supérieures « fondées par le
peuple » n’a encore rendu public. Quant aux écoles professionnelles et aux
collèges techniques (secteur public), le ministère de l’Education et
de la Formation a fait savoir que « leurs frais d’études
devraient aussi être augmentés mais de manière insignifiante pour
encourager et attirer les étudiants ». Par contre, ils sont déjà
excessivement élevés dans le secteur « privé » :
4 millions de dôngs par an pour les écoles professionnelles, 4,5
millions pour les collèges techniques et 6 millions pour les universités
et les écoles supérieures en 1999. Il ressort que les frais d’études
universitaires, des écoles professionnelles et des collèges techniques
(secteur public ou « libre ») représentent l’équivalent
de trois à six mois de salaire d’un cadre de base, de deux à trois
mois de salaire d’un cadre moyen ou supérieur. Les formations
post-universitaires (maîtrise, doctorat, etc.), destinées à former
les experts et les cadres supérieurs, sont monopolisées par les
universités d’Etat. Elles ont battu tous les « records »
en matière de frais d’études (variant de 2,3 millions à 9 millions
de dôngs par an). Cependant, depuis la rentrée universitaire
2003-2004, l’Etat vietnamien a décidé de les ramener à 4,5 millions
par an. Malgré les frais énormes que les études
universitaires représentent pour chaque étudiant, 1 406 000
étudiants sont inscrits à l’enseignement supérieur (année scolaire
2003-2004). Ils se répartissent ainsi : 390 000
élèves dans les écoles spécialisées (B.E.P.C + 2) C’est un chiffre qui apparaît exagérément
grossi, ne reflétant pas la situation catastrophique de ces écoles
professionnelles. En effet, la plupart des élèves, issus des familles
pauvres, doivent mettre fin à leur cursus scolaire très tôt. Mais,
ils ne peuvent pas non plus accéder à ces écoles professionnelles,
compte tenu de leurs frais d’études excessifs, hors des possibilités
financières de leurs parents. D’ailleurs, elles ne les intéressent
pas beaucoup et ne les attirent pas. Une fois diplômés, les ouvriers
spécialisés gagnent un salaire de misère. Bien plus, ils ont beaucoup
de difficultés à trouver un emploi pour une raison bien simple :
les programmes et les méthodes d’enseignement en usage ne sont plus
adaptés à la société et à l’économie vietnamiennes,
aujourd’hui en pleine évolution. Les équipements sont démodés,
les infrastructures pauvres, les appareillages vétustes datant de
quarante à cinquante ans, voire davantage. Les professeurs font défaut
et leurs compétences laissent à désirer, etc. Le ministre de
l’Education et de la Formation a dû reconnaître que « les
ouvriers spécialisés ainsi formés ont en général un bas niveau de
connaissances techniques ne répondant pas aux exigences des entreprises ».
Toujours selon lui, « seulement 2 % des ouvriers fraîchement
diplômés possèdent le niveau requis … » sur les quelque 2 000
sortis chaque année des collèges techniques de Hô Chi Minh-Ville,
pourtant réputés pour le bon niveau de leur enseignement (15). Faute
d’élèves, d’enseignants compétents et de moyens financiers,
l’Etat vietnamien a été obligé de réduire constamment les activités
des écoles professionnelles. Celles-ci ont été ramenées de 366 au début
de la décennie 1990 à 129 en 1999 (15). Le nombre d’ouvriers sortant
de ces écoles n’excède pas actuellement 50 000 par an. Dans de
telles conditions, on se demande comment le ministère de l’Education
et de la Formation peut accomplir avec succès sa mission de former un
effectif « record » de 390 000 élèves (dépassant la
capacité d’accueil et de formation de 129 écoles professionnelles
restantes, limitée à 50 000 ouvriers diplômés au maximum par
an) ? 178 000
étudiants inscrits aux écoles supérieures et 838 000 aux
universités (d’Etat ou « libres ») Les mêmes remarques sont à faire concernant
les écoles supérieures (bac + 2 ou bac + 3) et les
universités publiques (bac + 4) ou « libres ».
Malgré les frais d’études en forte augmentation, le nombre d’étudiants
inscrits à l’enseignement supérieur a plus qu’octuplé en dix ans.
De 157 000 étudiants inscrits en 1993, il est passé à 1 406 000
en 2003. Dans ce dernier chiffre global, on a pris en compte les étudiants
« non réguliers » à savoir les cadres du Parti et
autres candidats privilégiés (des militaires « bardés de décorations »,
des « héros » du travail, des membres des familles « liêt
si », dont le père ou la mère ont sacrifié leur vie pour la
cause de la Révolution, etc.), officiellement présentés par le PCV ou
par les organismes d’Etat (ministères, entreprises publiques, etc.).
Ils suivent des cours de formation complémentaire accélérée, leur
permettant de s’adapter aux progrès industriels, scientifiques ou aux
nouvelles méthodes de gestion des entreprises, et éventuellement d’être
promus à un haut poste ou à une fonction plus importante (directeur,
PDG, etc.). Beaucoup d’entre eux ne possèdent pas des diplômes
requis par les universités et les écoles supérieures (le baccalauréat
par exemple). D’autres n’ont même pas terminé leurs études dans
l’enseignement primaire ou du 1er cycle du secondaire. Ces
étudiants « non réguliers » sont assez nombreux.
D’après l’Office général de la statistique du Vietnam (16), on
compte 123 000 étudiants « réguliers » (‘chinh
quy’ en vietnamien) soit 78 %, et 34 000 « non
réguliers » soit 22 %, inscrits à l’enseignement supérieur
(année universitaire 1993-1994). Ces derniers n’ont cessé de
progresser rapidement pour atteindre 46 % (année universitaire
1997-1998) contre 54 % des étudiants « réguliers ».
La forte augmentation des étudiants « non réguliers »
a été probablement la cause de « l’explosion » soudaine
du nombre d’étudiants actuel (1 406 000), chiffre, en
outre, gonflé par l’Etat vietnamien en vue de propagande (17). 2.) La
situation des universités a.) Infrastructures
et corps enseignant insuffisants Comme le primaire et le secondaire,
l’enseignement supérieur souffre de la faiblesse des infrastructures
(insuffisance d’amphithéâtres, laboratoires mal équipés,
appareillages et instruments démodés, rareté de revues et de
publications scientifiques nécessaires aux études et à la recherche
pour les étudiants, etc.). A cela s’ajoute la pénurie
d’enseignants dans presque toutes les disciplines (surtout dans la
technologie, les industries de pointe, l’économie, le droit, la
gestion des entreprises, etc.). La quasi-totalité des professeurs
titulaires était formée par les universités soviétiques et autres
anciens pays socialistes du bloc communiste de l’Europe de l’Est.
Leurs connaissances scientifiques et techniques sont aujourd’hui périmées.
Ils ne peuvent donc pas s’adapter aux nouvelles disciplines et aux
nouvelles méthodes d’enseignement liées à l’économie de marché.
La pénurie d’enseignants s’est d’ailleurs aggravée durant la décennie
1990, surtout depuis que Hanoi a autorisé la création des universités
« fondées par le peuple » en 1994. Sur environ 3 000
enseignants du secteur « privé », 70 %
proviennent des universités d’Etat. b.) Multiplication
des universités due aux changements économiques On comptait huit universités « libres »
en 1996. Elles étaient quinze en 1999 (six universités et une école
supérieure se sont installées à Hô Chi Minh-Ville). Le nombre
d’universités (publiques et « privées ») a
atteint le chiffre « record » évalué à 126, d’après la
déclaration du ministre du Travail, des Blessés de guerre et des
Affaires sociales (Tuôi Tre du 1er avril 1999). Le développement
rapide de l’enseignement supérieur au cours de ces dernières années
a été lié à plusieurs facteurs concomitants : La libéralisation économique a coïncidé
avec la « ruée » des investisseurs asiatiques (Taiwan,
Hongkong, Singapour, Corée du Sud, Japon) et occidentaux (France,
Allemagne, Royaume-Uni, etc.) au Vietnam. La politique de « renouveau »
a commencé à porter ses fruits au début de la décennie 1990, avec
l’implantation des « joint-ventures » et des
entreprises à capitaux 100 % étrangers dans les zones
industrielles et les zones économiques spéciales (en quelque sorte des
« zones franches », calquées sur le modèle chinois de
Shenzhen en Chine méridionale), situées à proximité de grosses
agglomérations. En raison de la présence des industries de
sous-traitance (textile, confection, chaussures, etc.), des chaînes de
montage (automobiles, motos, vélos moteurs, électronique, téléviseurs,
etc.) employant beaucoup de main d’œuvre, les activités de service
sont alors venues s’y greffer (banques, finances, assurances,
import-export, cabinets d’avocats, bureaux de représentation des
firmes étrangères, de conseils juridiques, transports et
communications, tourisme, hôtellerie, restauration, etc.). Ces activités
diverses et variées ont soudainement élargi les débouchés
d’emploi, qui ont caractérisé la période 1990-1996. Pour répondre aux besoins pressants et
grandissants d’ouvriers spécialisés, de cadres, d’experts, de
techniciens sur le marché du travail, les autorités vietnamiennes se
sont alors hâtées d’introduire certains départements scientifiques
dans les universités d’Etat liées à l’économie de marché. Parmi
les vingt-et-une disciplines nouvellement enseignées, l’informatique,
les langues étrangères (surtout l’anglais primant toutes les autres
langues, y compris le russe délaissé, faute d’étudiants), la
gestion des entreprises, le droit, l’économie, la technologie (ces
disciplines ayant été longtemps négligées par le régime) sont
devenues les plus cotées et les plus appréciées par les étudiants.
Cependant, ces nouvelles réformes universitaires se sont jusqu’à présent
limitées à certaines Facultés d’Etat. L’afflux vers les nouvelles disciplines
s’est traduit par la saturation rapide des universités publiques,
amenant le ministère de l’Education et de la Formation à favoriser
et encourager la création des universités « fondées par le
peuple ». Ne pouvant pas être admis aux grandes écoles et
aux universités d’Etat, les étudiants n’ont pas d’autres choix
que de passer les concours d’entrée aux écoles supérieures (bac + 2
ou bac + 3) et aux Facultés (bac + 4) du secteur « privé ».
Les jeunes, diplômés des Facultés « libres » de
sciences économiques et de droit, ont été très sollicités sur le
marché du travail dans les années 1990-1996. Les cadres, les experts
et les techniciens, spécialisés dans certains domaines comme la
gestion des entreprises, le commerce extérieur, le marketing, les
banques, etc.), avaient plus de chance de trouver un emploi approprié
et de percevoir un salaire élevé chez les « joint-ventures »
et les entreprises à capitaux totalement étrangers. Devenues à la
mode, ces Facultés ont attiré beaucoup d’étudiants, alors que
d’autres disciplines classiques (médecine, pharmacie, agriculture,
enseignement, etc.) ont été délaissées, en raison de leur cursus
universitaire trop long et trop coûteux, des salaires dérisoires ou
encore des conditions requises (15) trop contraignantes et
discriminatoires entre les candidats privilégiés « de
souche révolutionnaire » et ceux issus des familles « nguy »
(‘traîtres’). Ainsi, sur près de 60 000 candidats inscrits
chaque année aux concours d’entrée aux Facultés de sciences économiques
(publiques et « privées ») à Hô Chi Minh-Ville par
exemple, 5 000 étudiants ont été recrutés en 1999 (contre 6 500
l’année précédente), et les autres Facultés comme celles de droit,
1 500 étudiants recrutés pendant les deux années universitaires
consécutives 1998 et 1999 (sur plus de 32 000 candidats) et celles
de technologie, 2 000 recrutés en 1999 (sur plus de 30 000
candidats) contre 2 500 l’année précédente. Plus tard, la crise financière et économique
en Asie (juillet 1997), suivie par la chute brutale de capitaux étrangers
investis au Vietnam, a provoqué la fermeture de bon nombre
d’entreprises d’Etat et privées, se traduisant par le licenciement
massif des travailleurs. Le marché du travail s’est rétréci,
obligeant dès lors les hauts responsables universitaires à réduire
progressivement le nombre d’étudiants recrutés dans les disciplines
citées ci-dessus. Cependant, malgré la persistance de récession économique
pendant ces cinq dernières années, les universités ont eu tendance à
se multiplier et se développer non seulement dans les grandes villes
universitaires traditionnelles (comme Hanoi, Huê, Hô Chi Minh-Ville, Cân
Tho, etc.), mais aussi dans les autres villes provinciales dotées de
zones industrielles ou de zones économiques spéciales (comme la ville
portuaire de Haiphong au Nord par exemple). De petits centres
universitaires existant du temps de l’ex-République du Vietnam (comme
la ville portuaire de Dà Nang dans les plaines côtières du Centre ou
le chef-lieu de province d’An Giang dans le delta du Mékong par
exemple) ont été remis en activité. Ces deux centres universitaires avaient à
peine commencé à fonctionner à la veille de l’effondrement du régime
de Saigon en avril 1975. Restés longtemps peu actifs, ils ont pris récemment
un grand essor, malgré la conjoncture économique peu favorable. Sur
l’initiative des dirigeants locaux, « le
développement de l’université devrait », selon
leurs directives, « être étroitement lié à la société, et son
rôle de formation (des cadres , des techniciens, des ouvriers etc.)
devrait répondre impérativement aux besoins concrets de l’économie
régionale » (sic). C’est dans cette perspective que
les hauts responsables de l’université de Dà Nang ont eu la grande
ambition de créer un troisième grand centre universitaire
et de recherches (après Hô Chi Minh-Ville et Hanoi) regroupant
quatre Facultés (technologie, sciences économiques, gestion des
entreprises, pédagogie), une école supérieure, autres écoles
professionnelles et collèges techniques dans un court laps de temps.
Ils visent à fournir, entre autres, experts, cadres, techniciens,
ouvriers qualifiés, etc. dans tous les secteurs de production et de
service en pleine évolution dans les villes des plaines côtières du
Centre-Vietnam. Chaque année, l’université recrute, par voie de
concours, 4 500 étudiants « réguliers » et 2 500
« non réguliers ». Ces derniers sont en majorité
des cadres du parti et des fonctionnaires actifs. Présentés
officiellement par le PCV, ces candidats « privilégiés »
sont automatiquement acceptés par les Facultés et suivent les cours
par correspondances. L’université d’An Giang, ainsi que les
autres centres universitaires régionaux nouvellement créés dans la
zone économique spéciale de Bà ria-Vung Tàu (19) au Sud-Vietnam,
dans la ville portuaire de Hai Phong ou dans la ville d’industries sidérurgiques
de Thai Nguyên, etc. au Nord-Vietnam, ont fait de même. Le programme
de création et de développement des centres universitaires régionaux
est plus qu’ambitieux. En raison du peu de moyens disponibles, cette
nouvelle politique de développement de l’enseignement supérieur est
mise en service au niveau de la région. c.) Le
corps enseignant universitaire La situation des enseignants du supérieur
est la même que dans le secondaire et le primaire. Toutes les universités
souffrent du manque d’enseignants, en particulier d’enseignants
qualifiés. « 60 à 70 %
des membres du corps enseignant ne jouissent pas du niveau académique
requis », a récemment déclaré le ministre de l’Education
nationale et de la Formation. 12 % d’entre eux ont obtenu le
titre de docteur ou de « vice-docteur » (‘Phô
tiên si’) délivré par l’ex-URSS ou les autres anciens pays
socialistes frères de l’Europe de l’Est. Dans un de ses discours,
le secrétaire général du Parti communiste vietnamien formulait le vœu
que ce pourcentage soit porté à 30 %. La création des universités libres et la
multiplication des centres universitaires régionaux aggravent davantage
la pénurie des professeurs. Cependant, elle donne aux enseignants
l’opportunité d’augmenter leur niveau de vie. Les cours supplémentaires
leur apportent des ressources financières appréciables, leur
permettant d’arrondir leurs fins de mois. Les professeurs réputés en
certaines disciplines comme l’économie, le droit, la gestion des
entreprises, les finances sont très demandés. En raison de la
surcharge de travail, ils n’ont plus le temps d’actualiser, de
renouveler leur cours ou de faire des recherches. Pour réparer la carence de professeurs
titulaires, le Conseil des ministres a décidé (20) de décerner ce
titre à 801 enseignants au cours des deux décennies 1980 et 1990.
Certains ne sont pas docteurs, d’autres quoique titulaires du grade de
docteur ou de « vice-docteur » ont un niveau académique
insuffisant. En 1999, tous les vice-docteurs ont été reconnus par
l’Etat comme des docteurs. Avec ce grade universitaire, ils peuvent désormais
participer aux jurys d’examen en tant que membre à part entière. Ils
peuvent être promus au titre de professeurs adjoints (Pho giao su)
ou de professeurs titulaires. Ainsi le fameux principe des débuts de la
révolution « plutôt rouges
qu’experts » persiste toujours… Dotés de tels titres, ils
assument des fonctions et des postes clés dans l’enseignement supérieur
(chefs de départements scientifiques, chefs de file du corps des
scientifiques, doyens, secrétaires du PCV chargés de l’organisation
du personnel au sein de l’université ou de la faculté. Ils forment
des clans puissants et parfois font barrage aux jeunes scientifiques
compétents, diplômés des universités étrangères (Russie, pays de
l’Europe de l’Est, pays dits capitalistes de l’Europe occidentale
ou de l’Amérique du Nord). En effet, depuis 1990, des milliers d’étudiants
vietnamiens ont bénéficié de bourses offertes par certains pays comme
la France, les Etats-Unis, la République tchèque. D’autres jeunes
ont été subventionnés financièrement par leurs parents (en majorité,
des capitalistes rouges) pour poursuivre des études post-universitaires
à l’étranger. Une fois diplômés, bon nombre d’entre eux ont préféré
rester et vivre dans des pays d’accueil. D’autres ont décidé de
rentrer dans leur pays natal pour se mettre à son service, ayant bon
espoir d’obtenir une fonction d’enseignant ou un poste
d’enseignant à l’université. Une cruelle déception les attendait.
Ce fut le cas par exemple d’un jeune docteur en physique nucléaire
bien connu de ses compatriotes expatriés en République tchèque (au
nombre de six à huit mille à Prague) qui revint au Vietnam, il y a
environ trois ans. Sa demande d’embauche à l’université de Hanoi
fut purement et simplement rejetée sous le motif que cette discipline
n’avait pas encore été créée et que le pays n’en avait pas
encore besoin. Déçu, il est revenu en République tchèque, où
il exerce actuellement le métier de petit commerçant dans un marché
à ciel ouvert de Prague. d.) L’octroi
des diplômes supérieurs En ce qui concerne le nombre de diplômés de
l’enseignement supérieur (universités, écoles supérieures, grandes
écoles, etc.), les statistiques officielles manquent de précision.
On sait que sur 136 800 étudiants (« réguliers » et
« non réguliers » inscrits dans toutes les
disciplines confondues, pour l’année universitaire 1992-1993), 24 800
ont été diplômés. Cinq ans après (21), ceux-ci ont triplé, avec 74 100
(sur un total de 662 800 inscrits pour l’année universitaire
1996-1997), et leur nombre n’a cessé dès lors de croître. Ils ont
été deux à trois fois plus nombreux que les élèves diplômés des
écoles professionnelles et spécialisées. Ainsi, on comptait 91 200
cadres et techniciens formés en 1997-1998 contre 40 400 élèves
seulement inscrits aux écoles professionnelles et aux centres régionaux
de formation des ouvriers (22). La forte augmentation des effectifs des diplômés
de l’enseignement général (primaire, BEPC et baccalauréat), des
cadres (ingénieurs, docteurs en médecine, experts, licenciés en
droit, ès sciences économiques, etc.) et des techniciens (en
informatique, gestion, comptabilité, marketing, commerce extérieur,
etc.) s’explique par la politique volontariste du gouvernement
vietnamien. En effet, pour répondre aux besoins urgents des « joint-ventures »,
des entreprises à capitaux 100 % étrangers ou locales en cadres,
en techniciens et en ouvriers qualifiés, il s’est empressé de
faciliter la tâche des autorités régionales. De hauts responsables de
l’enseignement supérieur (secteur public et « privé »)
ont été envoyés d’urgence dans les pays dits « capitalistes »
asiatiques (Singapour, Japon, Taiwan, Corée du Sud, etc.) et
occidentaux (France, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis, Australie,
etc.), ayant pour mission de demander des aides financières et
techniques (enseignants, conseillers et experts de haut niveau,
appareillages et instruments de laboratoire, revues et livres
scientifiques, etc.). Dans le même temps, des organismes internationaux
(FMI, Banque mondiale, Banque asiatique pour le développement, etc.)
ont aussi apporté leur soutien et leur contribution financière, ce qui
a permis à Hanoi de créer et de développer, au cours de la première
moitié de la décennie 1990, de nouvelles disciplines dans les
universités d’Etat, puis dans les universités « privées ».
Celles-ci avaient été purement et simplement nationalisées sans
indemnisation, après la chute du régime de Saigon en 1975. Les
universités publiques et « privées » font dorénavant
de la concurrence et courent après les « performances »
et les « records » de formation des diplômés. Cette
nouvelle politique éducative a provoqué des répercussions fâcheuses
à l’heure actuelle : e.) Un
reliquat idéologique inutile : les cours de marxisme-léninisme Ils sont obligatoires pour toutes les
formations. « L’éducation doit être axée sur le marxisme-léninisme
et sur la pensée de Hô Chi Minh », affirmait encore la résolution
du VIIe congrès du PCV, en janvier 1993. Les étudiants
s’intéressent de moins en moins à cette matière. « Depuis
l’effondrement du bloc communiste de l’Europe de l’Est et de
l’URSS, ils ne croient plus aux théories marxistes-léninistes invincibles »
(sic), ont affirmé nos collègues vietnamiens en mission à
Paris. Pour les forcer à suivre les cours, l’épreuve de cette matière
à la fin de l’année reste à nouveau aujourd’hui déterminante,
avec la note éliminatoire fixée à quatre points sur dix, comme
auparavant. f.) Baisse
du niveau académique et disparité des valeurs des
diplômes Une certaine dévaluation des diplômes du
primaire et du secondaire a entraîné celle des diplômes du supérieur.
Sous l’impulsion de leurs supérieurs hiérarchiques, les instituteurs
et les professeurs du secondaire (1er et 2e
cycles) se sont montrés indulgents, voire laxistes, en donnant de
larges notes à leurs élèves par exemple, ou en les laissant presque
tous accéder aux classes supérieures, même pour ceux qui n’avaient
qu’un très faible niveau académique. Les examinateurs ont fait de même.
Outre la notation généreuse, ils ont repêché au maximum les
candidats aux examens du primaire, du BEPC et du baccalauréat, même si
le total de leurs notes obtenues a été encore bien au-dessous de la
note normale requise. Sous la pression de leurs supérieurs hiérarchiques
(qui ont voulu courir après les « performances »
et les « records »), les enseignants (23)
ont dû alors donner des sujets faciles (pour les compositions et les
contrôles en classe ou pour les examens par exemple), et la
quasi-totalité des élèves ont ainsi obtenu de bonnes notes ou réussi
aux examens. Les fraudes d’examens sous différentes formes (apports
de documents, échanges de copies, achats de bonnes notes, fuite de
sujets, etc.) sont chose courante. Les examinateurs, les surveillants
ont fermé les yeux (24). Il faudrait aussi souligner que depuis l’année
scolaire 1998-1999, les concours d’entrée en classe de 6e
et de 10e (équivalente à la classe de seconde française)
ont été supprimés. Cependant, l’examen du primaire, du BEPC et du
baccalauréat demeure toujours obligatoire et la note des candidats sera
examinée pour le recrutement dans le secondaire (1er et 2e
cycles). Le principe des « critères de classe »
reste toujours en vigueur. L’admission des candidats « privilégiés »
(25) dans le secondaire (1er et 2e cycles) est fixée
de un à trois points inférieurs à la note normale. La pénurie aiguë
d’enseignants, leur absentéisme fréquent (en particulier des écoles
de campagnes et d’autres zones reculées où les contrôles effectués
par les inspecteurs sont rarissimes), leurs incompétences, leur
« laisser-aller » (pour atteindre les objectifs et les
« bons résultats » préconisés par leurs supérieurs), la
référence aux « critères de classe », etc. ont
contribué, pour une part importante, à la baisse généralisée du
niveau académique des élèves, ainsi qu’à celle des valeurs des
diplômes de fin d’études du primaire, du BEPC et du baccalauréat. Dans l’enseignement supérieur, ces mêmes
phénomènes négatifs sont encore plus répandus et ont tendance à
s’aggraver actuellement à tel point que les autorités n’arrivent
plus à les cacher et les « mass médias », ainsi que le
corps enseignant universitaire, les associations des parents d’élèves,
etc. les dénoncent vivement en public, les condamnent avec fermeté et
critiquent sévèrement les hauts responsables de l’éducation, chose
rarissime dans les pays communistes. Le ministre de l’Education et de
la Formation lui-même (26) a reconnu sans détour « cette
situation malencontreuse », qu’il a qualifiée « d’anormale,
devenue normale », et qui « se répand dans bon
nombre de régions ». D’autres facteurs contribuent également
à la baisse générale du niveau académique des étudiants : Comme dans l’enseignement général, la référence
aux « critères de classe » pour le recrutement dans
les écoles professionnelles et supérieures ainsi que dans les
universités persiste. La note, exigée pour l’admission des candidats
« privilégiés » (27), est fixée généralement à
3 points inférieurs à la note normale (au lieu de 8 points
auparavant). Ils garderont « leurs privilèges » tout au
long de leur cursus scolaire, à chaque examen, à chaque concours ou à
chaque contrôle. Beaucoup d’entre eux en ont bénéficié pleinement
pour entrer à l’université, en dépit de leur bas niveau académique.
Tel a été le cas des concours d’entrée à certaines grandes écoles
(année universitaire 2003-2004) comme l’école polytechnique de Hanoi
par exemple, ou à certaines Facultés « fondées par le peuple »
comme les Facultés de langues étrangères, de l’informatique de Hô
Chi Minh-Ville ou la Faculté de commerce extérieur de Hanoi par
exemple. Le niveau académique des candidats a été si faible que les
hauts responsables universitaires ont dû alors baisser la note
d’admission à 10 points (pour les trois matières écrites), pour
pouvoir recruter les candidats en grand nombre. Cet esprit mercantile
des universités « publiques ou libres » a
soulevé le mécontentement de l’opinion publique (28). En effet, avec
une note de 10 points pour les trois matières, soit en moyenne un peu
plus de 3 points par matière (29), il suffit aux candidats « privilégiés »
d’obtenir une note moyenne écrite de 2 points seulement par matière
pour que la plupart d’entre eux soient admis au concours, grâce à
leur bonus de 3 points supplémentaires. Dans de telles
conditions, la formation manque de qualité et les diplômes sont alors
délivrés « au rabais ». Face à l’opinion publique défavorable,
le vice-ministre de l’Education et de la Formation a dû changer
d’avis, en déclarant que « avec la note de 10 points, on ne
pourrait pas réussir au concours d’entrée à l’université ».
Toujours selon lui, « le barème minimum devrait être fixé à
12 points » (sic), soit une note moyenne de 4 points
sur 10. Outre la baisse inquiétante du niveau académique
des étudiants, la disparité des valeurs des diplômes, délivrés par
les universités (publiques ou « privées ») est
choquante. Les universités les plus anciennes et les plus réputées au
Vietnam sont en général installées dans les grandes villes (comme la
capitale Hanoi ou Hô Chi Minh-Ville, ex-Saigon par exemple). Elles sont
dotées des infrastructures (y compris les laboratoires, les bibliothèques,
etc.) relativement meilleures, et bon nombre de leurs enseignants ont été
formés à l’étranger (notamment en ex-URSS pour les universités de
Hanoi, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, etc.
pour les universités de Hô Chi Minh-Ville) et internationalement
reconnus compétents, grâce à leurs publications scientifiques. Dans
le Sud-Vietnam, ils étaient en majorité chefs de départements
scientifiques, et en même temps, présidents de jurys de concours ou
d’examens de fin d’année, en bref, ils étaient chargés de veiller
sur la discipline et de maintenir le niveau académique. Mais, depuis l’effondrement du régime de
Saigon, ces vieilles traditions universitaires ont été éliminées
(30). Les anciens maîtres ont été d’emblée remplacés par les « can
bô » (cadres) venus du Nord-Vietnam. La plupart d’entre eux
ne possèdent ni titres universitaires (comme professeurs titulaires par
exemple), ni grades universitaires (comme doctorats ou Ph.D. par
exemple). Déçus de ce bouleversement de traditions, écartés
brutalement des fonctions et des postes scientifiques de direction, et
soumis aux ordres des cadres plutôt politiques que scientifiques,
incompétents, beaucoup de professeurs ont préféré quitter le pays et
s’exiler à l’étranger (soit par voie officielle pour raison de
regroupement familial, soit par voie maritime clandestine comme boat
people, dans les années 1975-1985). Les postes vacants ont été
immédiatement remplacés par les cadres du Nord, selon le principe « plutôt
rouge qu’expert », se traduisant par la perte de prestige
moral du corps enseignant. Les « nouveaux maîtres »,
encore jeunes et en majorité peu compétents, ont alors imposé leurs
programmes de réformes, calqués sur le modèle du Nord-Vietnam. Mais
ils ont été dépassés et inadaptés à la société du Sud, surtout
depuis que le Vietnam s’est ouvert aux pays non socialistes et s’est
reconverti à l’économie de marché. L’ordre et la discipline se
sont rapidement dégradés, avec la création récente des universités
et des centres universitaires régionaux. Ces deux types universitaires
souffrent d’une pénurie aiguë de locaux, d’équipements, etc. Les
professeurs, possédant des titres ou des grades universitaires requis,
font défaut. Pour y remédier, on invite alors les professeurs
titulaires des autres universités d’Etat à venir dispenser quelques
cours magistraux, et le reste des programmes de formation est assuré
par les « vice-docteurs » (reconnus comme l’équivalent
des « docteurs » depuis 1999) et les « thac
si » (31) fraîchement diplômés. A l’instar du modèle
d’éducation et de formation des universités anglophones, ces
universités (publiques ou « privées ») sont considérées
comme des entreprises commerciales et leur rentabilité est de mise.
Ainsi, pour attirer les étudiants, elles n’hésitent pas à pratiquer
la concurrence sous diverses formes (parfois démagogiques, blâmables
et condamnées avec fermeté par les associations des parents d’élèves)
à savoir : - la notation généreuse pour laisser
passer au maximum les étudiants aux classes supérieures ; - la forte baisse de la note moyenne de
concours pour recruter le plus grand nombre de candidats ; - le bonus excessif en faveur des
candidats « privilégiés » et autant d’autres « critères »
favorables aux étudiants « non réguliers », pour
les attirer à s’inscrire nombreux à l’université, etc. ; - l’achat de notes d’examens, de
mentions des diplômes et de faux diplômes, le laxisme, le
laisser-aller vis à vis des élèves et des étudiants, qui trichent
aux examens et aux concours. Ces phénomènes négatifs (32) sont devenus
généralisés dans l’enseignement général et supérieur, tant dénoncés
en vain par les médias (33). Des candidats (34) ont passé les examens
et les concours à la place des autres « à l’insu » des
surveillants et des examinateurs. D’autres candidats aux examens
post-universitaires (comme le diplôme « thac si »
(maîtrise) ou le doctorat par exemple) ont corrompu leur « maître »,
patron de leur mémoire ou de leur thèse, ainsi que les membres du
jury, en venant chez eux « leur offrir une enveloppe »
(sic) c’est-à-dire le pot-de-vin. « Leur réussite et
la mention de leur diplôme dépendent de l’importance de la somme
d’argent mise dans l’enveloppe. » Cette « tradition »,
ont affirmé nos collègues (38), « devient une affaire de
routine ». Selon la police de Quang Nam-Da Nang, les acheteurs
se servent de faux diplômes ou de diplômes « achetés »
dans le dossier de demande d’emploi ou de promotion. Devant l’ampleur de la crise, qui a sévi
et fait des ravages à tous les niveaux dans l’éducation, le ministre
lui-même a dû monter au créneau pour rassurer les populations et leur
redonner la confiance, en déclarant devant la presse vietnamienne, lors
de la rentrée scolaire 2003-2004, « qu’il est déterminé
à » (35) : - « rétablir l’ordre et la
discipline » dans les salles d’examens et de concours » ; - réprimer avec fermeté tous les phénomènes
négatifs, « inacceptables et contraires à la morale du corps
enseignant, entraînant de lourdes conséquences sur des générations
futures » ; - « en finir coûte que coûte
cette année », avec le problème de « cours
particuliers en plein essor dans les grandes villes, que les professeurs
indélicats ont forcé leurs élèves à prendre ». « Leurs
directeurs et leurs proviseurs des écoles concernées seront également
soumis aux mesures disciplinaires », etc. Cependant, le ministre a dû avouer que « la
grande faiblesse de l’éducation du Vietnam touche non seulement à
l’enseignement du 2e cycle du secondaire, mais à tous les
niveaux ». Toujours selon lui, « le plus grand défi
actuel réside dans la qualité éducative, qui n’a pas répondu
jusqu’à présent aux exigences de la société » (sic).
Le système d’éducation et de formation professionnelle « demeure
encore faible par rapport à celui des autres pays de la région ».
La meilleure université du Vietnam a été classée avant dernière en
2003, parmi un peu plus de soixante meilleures universités des pays de
l’ASEAN (36). Conclusion La gravité de la crise actuelle de l’éducation
nationale tient d’abord à la lenteur des réformes. Certaines
initiatives et certaines mesures, prises pour améliorer
l’enseignement secondaire et supérieur, vont dans le bon sens telles
que la division du secondaire en trois sections (A pour les
sciences naturelles, B pour les sciences naturelles et techniques et C
pour les sciences humaines) ou encore la création des écoles supérieures
et des universités « privées ». 1.) La
réforme du secondaire En réalité, ces réformes existaient déjà
dans le Sud-Vietnam, avant 1975. La première des deux réformes, réalisée
à titre expérimental en 1999-2000, a été ensuite généralisée dans
tout le pays. Elles devaient être appliquées en classe de 1ère
et de 6e (équivalentes à la CE1 du primaire, et à la 6e
du secondaire français) pour l’année scolaire 2002-2003. Elles
devaient ensuite concerner la 2e (la CE2) et la classe de 7e
(la 5e) pour cette année scolaire 2003-2004. Sur la longue
route de réformes où les obstacles n’ont pas manqué, L’Education
nationale vietnamienne aura mis cinq ans (de 1999 à 2004) pour réformer
quatre classes sur un total de douze prévues dans sa stratégie de « renouveau »
(dôi moi) éducatif de l’enseignement général. La réforme
s’est déjà heurtée à beaucoup de difficultés : 50 % des
écoles ont reçu des équipements scolaires (au lieu de 100 %), et
sur ce pourcentage, la moitié seulement répondait aux normes et aux
exigences en quantité et en qualité. La livraison des équipements
scolaires s’est souvent faite avec un certain temps de retard, et la même
erreur s’est répétée cette année, de telle sorte que nombre de
provinces des plaines côtières du Centre-Vietnam (comme Nghê Tinh par
exemple), ainsi que plusieurs provinces frontalières (comme Son La par
exemple), et autres zones reculées, « n’ont pu entamer ou
ont raté les premières réformes de l’enseignement général »
(37), faute d’instruments, de livres scolaires, de salles de
classe pour les travaux pratiques et d’enseignants compétents (pour
l’usage et la maintenance d’appareillages). 2.) La
réforme du supérieur Dans l’enseignement supérieur, rien n’a
été fait de sérieux. La prolifération excessive des écoles supérieures,
des universités (publiques et « libres ») et la
tendance récente de création et de développement rapide des centres
universitaires régionaux se sont traduites par la croissance
extraordinaire de l’effectif des étudiants (surtout des « non
réguliers »), et par voie de conséquence, par la baisse du
niveau académique et la disparité des valeurs des diplômes. Les
jeunes, issus des familles pauvres et résidentes en majorité de la
campagne (près de 80 %), ont dû mettre un terme à leurs cursus
scolaire très tôt, mais ils n’ont pu accéder aux écoles
professionnelles et n’ont eu en main aucun diplôme de formation
professionnelle, avant de faire leur entrée dans la vie active, compte
tenu des frais d’études excessifs hors de leur possibilité financière,
ce qui explique le faible nombre d’ouvriers qualifiés, formés chaque
année, ainsi que la pénurie d’ouvriers spécialisés (en particulier
des ajusteurs, des ouvriers spécialisés dans les laminoirs d’acier
automatiques par exemple, très recherchés sur le marché du travail).
D’après les statistiques officielles, 87,6 % de la population
d’âge actif (de 15 à 60 ans) n’ont eu aucune formation
professionnelle ; de 8 à 12 % seulement des ouvriers des
entreprises d’Etat ont suivi une formation et tous les autres ont
appris sur le tas, selon le principe « des connaissances
empiriques, transmises de père en fils », d’après une enquête
effectuée par le ministère du Travail, des Combattants invalides et
des Affaires sociales. Paradoxalement, les entreprises souffrent d’une
pénurie aiguë d’ouvriers spécialisés et qualifiés. Mais, ceux-ci,
sortis des écoles professionnelles, ont du mal à trouver un emploi,
faute d’expérience et surtout de connaissances techniques requises
par la tâche. Il en est de même pour les techniciens et les cadres,
pour une raison bien simple : leur formation est inadaptée aux
besoins des entreprises. Ils ont dû se perfectionner à l’étranger
(au Japon, en Corée du Sud, à Taiwan ou Singapour), avant d’exercer
leur métier dans les entreprises étrangères, qui les ont embauchés au
Vietnam ! En bref, les réformes éducatives, engagées
par Hanoi depuis la décennie 1990 jusqu’à présent, ont essuyés échec
sur échec. Les frais d’études excessifs, la corruption liée aux bas
salaires du corps enseignant, la multiplication rapide des écoles supérieures,
des universités publiques et « privées », etc. en dépit
du peu de moyens disponibles (insuffisance du personnel administratif et
de gestion et manque d’enseignants à tous les niveaux), ainsi que la
pauvreté du budget consacrée à l’éducation nationale, ne suffisent
pas à expliquer la crise et l’impasse des réformes éducatives au
Vietnam actuel : excédent de techniciens, de cadres et pénurie
d’ouvriers spécialisés. Presque tous sont déphasés après leur
formation, et réduits au chômage. Pour survivre, ils doivent exercer
toutes sortes de métiers. Les ingénieurs font de « petits
boulots » (maçons, menuisiers, ouvriers électriciens, petits
commerçants, etc.). Les jeunes docteurs en médecine, n’ayant eu pas
cinq ans de stage et d’expérience exigés par la loi (faute de places
disponibles dans les hôpitaux publics ou en raison du « mauvais
curriculum vitae » de leur famille « nguy »
(‘traître’), n’ont pu exercer leur profession (création d’un
cabinet privé de consultation par exemple). Pour leur survie, ils se
sont transformés en vendeurs de produits chimiques, et d’autres diplômés
universitaires (bac + 4) ont été recrutés comme secrétaires
dactylographes, serveurs de restaurants, chauffeurs de taxi, portiers
d’hôtels de tourisme etc. 3.) Les
raisons d’un échec Pourquoi en est-on arrivé à une telle
situation ? Il faut incriminer en premier les plus hautes instances
du PCV et de l’Etat, coupables d’avoir commis des erreurs graves
dans les réformes éducatives à savoir : Obscurantisme
et dogmatisme intransigeant Au lieu de s’assouplir pour s’adapter au
changement de la conjoncture politique et socio-économique mondiale, et
à la société en pleine évolution (depuis son ouverture aux pays non
socialistes), les dirigeants des plus hautes instances du PCV et de
l’Etat, prisonniers de leur dogmatisme intransigeant, tendent à se
durcir et s’opposent à tout changement de structures politiques et économiques,
touchant au marxisme-léninisme et risquant de déstabiliser le régime
et de précipiter leur chute. Ils n’ont fait aucune concession idéologique
concernant la plate-forme marxiste-léniniste à partir de laquelle, ils
fixent des « critères de classe » pour les embauches
d’enseignants ou pour le recrutement dans le secondaire, dans les écoles
professionnelles et supérieures et dans les universités. Ainsi, au nom
du principe « plutôt rouge qu’expert », tous les
candidats aux postes enseignants, aux examens ou aux concours
d’admission à l’enseignement supérieur, originaires des « familles
de souche révolutionnaire » ou des familles « liêt
si », se classent premiers en « candidats privilégiés
prioritaires ». Ils bénéficient de 1 à 3 points de bonus
inférieurs à la note normale (8 points auparavant). Les « critères de classe »
favorisent donc les candidats « privilégiés » aux dépens
des autres, issus du « dân » (‘peuple’) et des
familles « nguy » (‘traîtres’). Cette dernière
catégorie n’a aucune chance d’être titularisée dans les postes de
l’enseignement supérieur ou de réussir aux concours d’entrée aux
universités réputées. Avec ce système de sélection dans l’éducation,
ceux qui sont recrutés dans le secondaire, dans les écoles
professionnelles et supérieures et dans les universités, ne sont pas
forcément candidats « doués ». Bien au contraire !
Ainsi, en 2003, 96 % des candidats, inscrits au concours d’entrée
à la Faculté de pédagogie de Hanoi, une des grandes écoles bien
connues dans le pays, ont été des candidats « privilégiés »
(38). Par conséquent, la qualité de recrutement
s’est trouvée en baisse, ainsi que le niveau académique des
candidats admis au concours (38). L’obscurantisme et le dogmatisme
intransigeant des dirigeants des plus hautes instances du parti et de
l’Etat, constituent une véritable barrière infranchissable, empêchant
les hauts responsables de l’éducation nationale de changer, d’améliorer
la qualité de recrutement pour relever le niveau académique du corps
enseignant, ainsi que celui des élèves et des étudiants. « Des
mesures de réformes, a déclaré le ministre de l’Education et de
la Formation, se sont heurtées à l’opposition des forces hostiles
au renouveau. » Pauvreté
du budget
consacré
à l’éducation Le ministre lui-même a reconnu que
« le budget consacré à l’éducation et à la formation
professionnelle reste encore très limité ». Son montant représente
généralement 6 à 7 % du budget de l’Etat. Exceptionnellement
(39), il s’est élevé à 12 % du budget en 1992-1993, ce qui est
encore faible, en comparaison de ce qui se pratique dans les autres pays
de l’ASEAN, qui réservent de 15 à 20 % de leurs ressources budgétaires
à cette tâche (contre 22 à 25 % en France). En 1996, le budget
(40) se montait à 7 120 milliards de dôngs (soit environ 500
millions de dollars), en augmentation de 6 % par rapport à l’année
précédente. Cependant, il faut noter que, dans le même temps, le
nombre d’élèves a progressé de 13 % et le taux d’inflation
de 12,7 %. Par ailleurs, pour compenser celui-ci, les traitements
des enseignants avaient été révisés à la hausse de 20 %, si
bien qu’en fait, le budget, loin d’être en augmentation, s’en est
trouvé fortement réduit. De même, il n’y a pas eu de progrès
sensibles en 1997, année durant laquelle, le budget consacré à l’éducation
et à la formation professionnelle a été porté à 8 000
milliards de dông (650 millions de dollars environ), et à 13 500
milliards (41) en 2002 (900 millions de dollars), soit 11 % du
budget de l’Etat (au lieu de 15 % estimés (42) par le professeur
Trân Kiêu). En un mot, l’obscurantisme exacerbé et le
dogmatisme intransigeant, imposés par les deux plus hautes instances du
PCV (Bureau politique et Comité central prédominés par des « conservateurs »
purs et durs) et par l’Etat sont à l’origine de la catastrophe
actuelle de l’éducation nationale au Vietnam. Le niveau académique
du corps enseignant (primaire, secondaire et universitaire) laisse à désirer,
et celui des élèves et des étudiants est en chute libre, en raison de
la méthode de recrutement « plutôt rouge qu’expert ». La crise va donc en s’aggravant, compte
tenu de la pauvreté du budget consacré à l’éducation et du manque
persistant de professeurs compétents, alors que les écoles supérieures
et les universités continuent de se développer démesurément et les
centres universitaires régionaux, encouragés par le gouvernement et
les autorités des régions, se multiplient. L’effectif des étudiants,
surtout ceux des « non réguliers » (en majorité des
cadres, des hauts fonctionnaires et des membres actifs du PCV), montent
en flèche. Beaucoup de diplômes délivrés par l’enseignement général
(BEPC, baccalauréat) et par l’enseignement supérieur, ainsi que par
les écoles professionnelles, des collèges techniques spécialisés,
etc. n’ont plus de valeur académique, en raison du laxisme, de la
corruption et de l’incompétence des enseignants et aussi de la forte
pression exercée par leurs supérieurs hiérarchiques (locaux, régionaux
et centraux). Ces derniers courent après les « performances »
et les « records » de formation des diplômés et
nombre d’entre eux agissent aussi par leur ambition et leurs intérêts
personnels. Quand on est devenu riche (multimillionnaire en dollars américains),
on aspire souvent à des titres (en diplômes universitaires). Dotés de ces diplômes (même sans aucune
valeur académique, mais requis par les lois ou les règlements), les
politiques et les cadres du parti accèdent alors à des postes « intéressants »
(susceptibles de « faire des affaires »), obtiennent
des promotions ou des fonctions de plus en plus élevées. Associés aux
diplômés formés par l’ex-URSS et autres anciens pays socialistes de
l’Europe de l’Est, ils forment alors des « clans » bien
structurés tout puissants (autrement dits des mafias) et barrent les
routes aux jeunes diplômés revenus pour la plupart des pays dits
« capitalistes » (Etats-Unis, Canada, France, Allemagne,
Royaume-Uni, Australie, etc.) mieux gradés en diplômes et
scientifiquement plus compétents qu’eux. Les jeunes diplômés à
l’étranger ont beaucoup de difficultés à obtenir un poste dans
l’enseignement supérieur ou dans les organismes publics importants,
hormis ceux appartenant aux membres des familles de la nomenklatura du régime,
qui les protègent et les soutiennent dans la démarche d’embauche.
Ainsi, le principe « plutôt rouge qu’expert »
continue de persister et de « bien » fonctionner,
semble-t-il, sous le régime du communisme vietnamien actuel (presque
vingt ans après le lancement de la politique dite de « renouveau »),
en dépit des critiques voire des contestations des parents d’élèves
et de la presse vietnamienne. Notes (1)
Tuôi Tre (‘Jeunesse’) du 2 janvier 1997 et du 21
octobre 1997. (2)
Thoi bao kinh tê Saigon (Saigon Economic Times), n°
49, du 28 novembre 2002, p. 15. (3)
Tuôi Tre, n° 49-96, du 15 au 22 janvier 1996. (4)
Thoi bao kinh tê Saigon, n° 3, du 14 janvier 1999, pp.
34-35. (5)
Thoi bao kinh tê Saigon, n° 3, du 14 janvier 1999,
pp. 34-35. (6)
Nguoi Lao-dông (‘Travailleurs’) du 5 septembre 1998. (7)
Thoi
bao kinh tê Viêt Nam (Vietnam Economic Times Review), du 30
août 1997. (8)
Trân Kiêu, L’éducation au Viêt-Nam (entretiens), Ed.
Thê gioi (Monde), Hanoi, 2001, pp. 126-127. (9)
Office générale des statistiques, 1998, p. 340. (10) Viêtnam-Express
du 29 août 2003. (11) Office
général de la statistique du Vietnam, Statistical Yearbook
(Annuaire des statistiques) 1998, Hanoi, 1999, p. 345. (12) Viêtnam-Express,
29 août 2003. (13) Tuôi
Tre, 21 octobre 1997. (14 ) Viêtnam-Express,
16 décembre 1998. (15) Tuôi
Tre, 16 décembre 1998. (16) Office
général de la statistique du Vietnam, op. cit., p. 345. (17) Thoi
Bao Kinh Tê Saigon, n° 40, 28 septembre 2000, p. 27. Viêtnam-Express,
29 août 2003. (18) Lâm
Thnah Liêm, Jean Maïs, Education au Vietnam : une crise qui
se prolonge, op. cit. (19) Le
Centre universitaire de Bà-ria - Vung Tàu sera ouvert en
2005. Nombre d’étudiants prévus : 1 000. Principales
disciplines enseignées : informatique, langues, industries
agro-alimentaires et mécaniques, finances, comptabilités. (20)
Trân Kiêu, op. cit, pp. 115-116. (21) Office
général de la statistique, p. 345. (22)
Thoi
bao kinh tê Viêt Nam (Vietnam Economic Times Review) du 15
mars 1998, p. 7. (23) Nhân
Dân (‘Le Peuple’) du 7 juin 2003. (24) Nhân
Dân du 11 juin 2003. (25) Sont
considérés comme candidats « privilégiés »,
tous les élèves et les étudiants dotés des conditions requises
suivantes : Héros des forces armées, héros du travail, soldats décorés,
cadres actifs présentés par le PCV, autres candidats de «souche révolutionnaire »,
les grands blessés de guerre, etc. (26) Nhân
Dân du 11 juin 2003. (27) Résultats
de nos enquêtes. A la demande de nos collègues, nous gardons leur
anonymat. (28) Viêtnam-Express
du 12 août 2003. (29) 2
points x 3 = 6 points + 3 points de bonus = 9 points. Note moyenne par
matière : 9 points : 3 = 3 points. (30) Au
lendemain de l’effondrement du régime de Saigon en 1975, tous les
doyens et la quasi-totalité des chefs de département scientifiques des
universités du Sud-Vietnam étaient immédiatement remplacés par leurs
collègues (en majorité des « vice-docteurs » académiquement
peu capables) venus du Nord-Vietnam. (31) Thac
Si : diplôme post universitaire (Licence + 2) équivalent
au DEA ou au M.A. délivré par les universités anglophones. Ce terme
signifiait autrefois « agrégé ». (32) Nhân
Dân, 11 juin 2003. (33) Cf.
Lâm Thnah Liêm et Jean Maïs : Education au Vietnam :
une crise qui se prolonge, op. cit. (34) Résultats
de nos enquêtes. (35) Nhân
Dân, 3 septembre 2003. (36) Nhân
Dân, 3 septembre 2003. (37) Nhân
Dân, 12 juin 2003. (38) Nhân
Dân, 3 septembre 2003. (39) Saigon
Giei Phong (‘Saigon libéré’), 16 février 1996. (40) Lao
Dông (‘Le Travail’), 3 mai 1996. (41) Thoi
Bao Kinh Tê, n° 49, 28 novembre 2002, pp. 14-15. (42)
Trân Kiêu, op. cit., p. 146. EDA,
Lâm Thanh Liêm et Jean Maïs, février 2004
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