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VIET NAM infos numéro 24 - 15 mai 2004
ça
fait mal
Ne me dites pas que ça ne vous fait pas mal quand s’étalent,
sur votre quotidien, des faits divers de meurtres, de viols
d’enfants. Et
cette guerre qui est devenue de plus en plus sale.
Inimaginablement sale.
On peut sans doute admettre la naïveté des Américains de
vouloir pacifier le Moyen-Orient pour y instaurer un ordre américain.
Pourquoi pas, après tout, puisque les gens de cette région
peuvent très bien s’entretuer sans entretenir la haine contre
l’Occident. Mais comment excuser tant de gâchis, de bêtises,
d’absurdités ?
Ça fait mal de voir évoluer l’humanité de catastrophe en
catastrophe sans y rien comprendre vraiment.
C’est peut-être pour cette raison qu’on commémore Diên Biên
Phu, qu’on s’accroche aux valeurs de l’héroïsme, qu’on
rappelle ce Roncevaux des temps modernes avec tant d’émotion
et de larmes, alors que cinquante ans auparavant ceux qui
pleuraient le faisaient en silence. Et ils étaient atrocement
seuls.
A Paris, on sablait le champagne à la chute de Diên Biên Phu
; en juillet 1954, on fêtait les Accords de Genève qui
coupaient le Viêt-Nam en deux pour permettre à la France de
quitter la scène de l’Indochine sur la pointe des pieds ; en
janvier 1973, on trinquait à Paris avec des représentants
nord-vietnamiens lors de la signature des Accords de Paris.
Actuellement des éternels donneurs de leçons étalent leur
jubilation devant le désastre américain en Irak.
Au Têt de l’année du Singe en 1968, on criait victoire
contre les Américains alors que c’était un échec militaire
majeur pour l’armée nord-vietnamienne et le FLN, tandis qu’à
Huê, les communistes enterraient vivants leurs compatriotes par
milliers. A la porte de Versailles, le 23 mars 1968, on
organisait une journée pour le Viêt-Nam à laquelle le
ministre nord-vietnamien de la Culture fut invité. Jean-Paul
Sartre déclarait : « les Vietnamiens combattent pour
l’humanité tandis que les Américains combattent l’humanité
» (Jean Sévilla, Le terrorisme intellectuel, éditions Tempus
2004).
Bertrand Russel, philosophe anglais, avait organisé un tribunal
pour juger les Américains comme les Alliés ont jugé les Nazis
à Nuremberg. Cela a fait très mal à Nguyên Chi Thiên qui
mourait à petit feu dans les geôles nord-vietnamiennes.
A Monsieur Bertrand Russel
Vous êtes, dit-on, monsieur, philosophe célèbre…
Mais en politique, quelle gourde vous faites !
Vous criez fort, monsieur, pour les défendre
Mais des Viet công, vous n’avez la moindre idée.
Quand viendrez vous nous voir chez nous, monsieur ?
Venez voir s’affairer les esclaves affamés,
Venez voir nos prisons,
Plus estimés que nous,
Les cochons et les bœufs sont devenus « notables ».
N’ayez crainte, vous n’entendrez pas une plainte.
La voix populaire s’est tue ; le Parti l’a étouffée,
Ah ! si vous nous voyiez, monsieur, la belle indignation que
vous auriez !
Et, comme nous, vous enverrez paître toute cette bande.
Vous êtes, à ce qu’on dit, presque centenaire.
Nos adolescents malingres, travaillés par la faim,
Excusez-moi monsieur, sont bien meilleurs « maxologues » que
vous.
Nguyên Chi Thiên 1968 (traduction J.M.)
Cinquante ans après, Vo Nguyên Giap ose encore dire que «sa»
victoire de Diên Biên Phu libère le peuple vietnamien et tous
les peuples opprimés, c’est une avance pour l’humanité ;
et Trân Duc Luong, le président vietnamien, d’affirmer que
la victoire de Diên Biên Phu « a souligné la vérité du
marxisme léninisme et de l’idéologie de Hô Chi Minh ».
Tandis qu’à Washington, malgré l’écoeurement du monde
devant les souffrances sans nom des prisonniers irakiens,
personne ne démissionne ou n’est démissionné.
Comment empêcher l’histoire de se répéter alors que les
hommes n’avancent pas ?
ça fait mal,avançons ?
Bui
Xuân Quang
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