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Edito
La mort d’une femme ordinaire
Le samedi 21 avril 2012, à 5 heures du matin, une femme s’était
éteinte après une longue maladie.
Son nom, Maria Đỗ Thị Tần. Rien de particulier sauf que le
pouvoir en place n’a pas autorisé son fils actuellement en
prison de venir lui dire un dernier adieu.
Pire: les proches de Mme Maria Đỗ Thị Tần n’ont pas le droit
d’avertir Paulus Lê Sơn, son fils unique, de la mort de sa mère
Paulus Lê Sơn, grand criminel, ennemi public n° 1 ?
Sinon,
pourquoi un tel traitement ?

Paulus Lê Sơn
Paulus Lê Sơn, blogueur de 26 ans, militait pour la justice
sociale. Le 3 août 2011, il a été enlevé puis jeté en prison à
Hanoï (centre de détention B 14). Ce fut le premier cas d’une
série d’enlèvements et d’emprisonnements brutaux sans annonce ni
procès (17 en tout). Un seul point commun à ces arrestations
arbitraires : tous, à part Mme Tạ Phong Tần, sont de jeunes
blogueurs catholiques du Nord.
Le verrouillage extrême du cas de Paulus Lê Sơn (isolement,
interdiction de lui annoncer la mort de sa mère) exprime
simplement la peur du régime de voir éclater dans le milieu des
catholiques du Nord (précisément de Vinh – Thanh Hoá) une
révolte qu’il ne maîtriserait pas.
C’est certainement pour cette raison que les visas délivrés aux
membres de la commission d’étude du Vatican pour la canonisation
du cardinal Nguyễn Văn Thuận ont été annulés (fait unique à
notre connaissance).
L’affaire Đoàn Văn Vươn (celui qui a mené un combat armé contre
les autorités de Tiên Lãng - Hải Phòng - qui voulaient
l’exproprier de ses terres) n’est pas close. Elle a entraîné une
suite de protestations nombreuses et de plus en plus intenses,
atteignant un niveau intolérable pour le pouvoir.
http://www.romandie.com/news/n/_
Vietnam_la_police_disperse_une_
manifestation_contre_la_saisie_de_
terres_72240420121437.asp
Si l’on considère en détail ce qui se passe en Birmanie, il est
difficile de trouver des points communs avec le Vietnam. Mais le
retournement birman est un signal d’alarme pour Hanoï. Il y a
encore quelques mois, la Chine apparaissait comme une puissance
protectrice infaillible des dictatures asiatiques. La Chine ne
traitait qu’avec les dictateurs et ignorait le peuple. Avec
l’échec essuyé par le gouvernement birman pour la construction
du barrage sur le fleuve Irrawaddy, suspendue à cause des
manifestations populaires, elle apprend à amadouer le peuple en
édifiant des écoles, des dispensaires. C’est ce qui se passe
actuellement au Nord de la Birmanie avec la China National
Petroleum Corporation. La Chine tente de redorer son image. En
vain.
Le rejet de la Chine est général chez les peuples de l’Asie. Il
ne reste que quelques dictatures qui, comme le Vietnam, essaient
d’imiter le modèle désormais craquelé de l’Empire du Milieu. La
peur guide l’action des dirigeants vietnamiens. La peur est
rarement bonne conseillère. Comme dans le cas du décès de Maria
Đỗ Thị Tần, les autorités exposent au grand jour le caractère
ignoble du régime totalitaire. Cela attise la révolte et peut
conduire un régime à sa perte.
Bùi Xuân Quang
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