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Edito
Pékin ou pas Pékin ?
Le refus du renommé cinéaste américain Steven Spielberg d’être le consultant du metteur en scène chinois Zhang Yimou (grand parmi les grands cinéastes, Zhang Yimou a détourné l’histoire de l’empereur Che Huang Di pour faire l’éloge de l’unité de la Chine dans Heroes) explosa comme une bombe. Spielberg n’acceptait pas le rôle joué par Pékin dans la tragédie du Darfour.
Une lettre signée par plusieurs prix Nobel de la Paix demandant au Président chinois Hu Jintao d’intervenir auprès du Soudan n’a cependant pas eu d’écho. Comme les actifs de la China National Petroleum Corporation au Soudan seraient d’un montant de 7 milliards de dollars, les multiples initiatives pour faire pression sur la Chine ne peuvent guère compter, y compris l’action de la comédienne Mia Farrow qui milite activement pour le Darfour et propose le boycott pur et simple des Jeux de Pékin. La Chine a bloqué par
veto, le 7 décembre 2007, un projet de déclaration du Conseil de sécurité qui aurait obligé le gouvernement soudanais à coopérer avec la Cour pénale internationale. Rien n’indique que Pékin changera d’attitude : « les chiens aboient, la caravane passe », c’est ce que va être sa politique.
Rama Yade, le secrétaire d’Etat chargé des Droits de l’homme, et Bernard Laporte, le secrétaire d’Etat aux Sports, ont cosigné une déclaration dans le Figaro du 28 février 2008 dans laquelle on peut lire « Nous pensons que les Jeux olympiques de Pékin offrent une occasion unique, un tremplin, pour enraciner plus profondément en Chine l’Etat de droit et les libertés fondamentales ». Sont-ils naïfs ? Sûrement pas, bien qu’aucun pays d’Europe et d’Amérique ne se risque à proposer de boycotter les Jeux de 2008. La Chine en 2008 n’est nullement comparable à l’Union soviétique de 1980. Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, comme disait le Général De Gaulle lui-même en citant Audiard.
Seulement, lorsque les gouvernements ne peuvent pas, les hommes peuvent encore. Le coup d’éclat du réalisateur de la liste de Schindler est un acte de conscience, acte désespéré mais qui porte, qui fait quand même mal.
« M. Spielberg, vous êtes peut-être un génie en cinéma, mais vous êtes un idiot en politique, imbu de soi-même. Sachez que vous avez blessé un milliard trois cents millions de Chinois » Voilà ce qu’on peut lire sur l’Internet contrôlé par le régime chinois. Un internaute chinois signale, lui aussi, l’injustice frappant « la géniale réalisatrice Leni Riefenstahl » aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, qui du fait de ses attachements au régime nazi n’avait plus trouvé de travail après la guerre. Curieuse comparaison.
Les Reporters sans Frontières qui ont distribué depuis longtemps de grandes affiches « Pékin 2008 » avec des menottes à la place des cinq anneaux olympiques peuvent se réjouir d’avoir voulu toucher avant tout les consciences. Cette affiche a été brandie à Ho Chi Minh-Ville pendant les manifestations contre la politique chinoise concernant les archipels Paracels et Spatleys. Mouvements dérisoires, politiquement, mais qui ont leur propre importance. Comme ceux des paysans qui se considèrent spoliés de leurs terres, comme ceux des catholiques qui sont restés nuit et jour dans le froid pour qu’on restitue terrains et propriétés à leur Eglise.
En Amérique, en Chine, au Viêt-Nam ou ailleurs, lorsque les politiques visent leurs propres intérêts et font fi de la conscience humaine, il faut bien que l’homme fasse entendre lui-même son cri pour trouver son propre salut.
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